Double fonction de la comédie et de la tragédie

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  • Publié le : 19 avril 2009
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Depuis l’Antiquité, l’homme a toujours représenté à travers le théâtre ce qu’il rêve d’être ou ce qu’il veut éviter de devenir tout en cherchant à divertir. Miroir de notre âme, le théâtre nous attire parce que nous nous y reconnaissons, autant dans les personnages mythiques et légendaires des tragédies, que dans ceux des comédies qui donnent en spectacle nos faiblesses et nos ridicules. Mais lethéâtre nous instruit aussi moralement, tantôt par le biais des malheurs qui arrivent aux personnages désespérés et passionnés des tragédies de Sophocle, d’Euripide ainsi que de Racine et de Corneille tantôt par le miroir satirique de la vie quotidienne des comédies de Molière et de Marivaux. La tragédie et la comédie ont désormais une double fonction: divertir et instruire. D’abord on donnera unedéfinition de tragédie puis on analysera comment la tragédie divertit puis comment elle nous instruit et on fera de même pour la comédie.

La tragédie grecque, dit Aristote dans la Poétique, est “l’imitation d’une action de caractère élevé (…) qui, suscitant pitié et crainte, opère à la purgation (catharsis) propre à de telles émotions”. Dans la tragédie on rend toujours compte d’un conflit: unêtre, place en situation de victime, est confronté à des forces qui le dépassent, aux drames de la destinée humaine (le mal, les passions dévastatrices, la mort, l’amour impossible). Cet être est le plus souvent un personnage d’exception. Il se comporte avec héroïsme face à une situation sans issue: un destin fatal, cruel, inexorable, qui se met en marche et ne peut être arrêté (Oreste: “Je melivre en aveugle au destin qui m’entraîne” Andromaque). Comme explique Anouilh dans Antigone la tragédie semble une machine qui démarre pour une cause insignifiante (“On donne un petit coup de pouce pour que cela démarre”) et se déroule en privant l’homme de tout espoir ou toute liberté. Le héros tragique marche alors inlassablement vers la mort. La tragédie ne se caractérise donc pas par ledénouement qui est malheureux, c’est la mort. La tragédie “c’est propre”, “dans la tragédie on est tranquille (…) parce qu’on sait qu’il n’y a plus d’espoir, sale espoir” on ne se débat pas “parce qu’on espère en sortir” contrairement au drame (Jean Anouilh, Antigone). D’où émane alors le divertissement de la tragédie?
C’est en fait à travers le fond et la forme de l’histoire, même si elle estdélimitée par une fin déjà connue, que la tragédie cherche à émouvoir le spectateur. La tragédie propose un spectacle total qui provoque l’admiration (pour les tragédies de Corneille), la terreur et la pitié (pour Racine) que chacun de nous ressort devant une situation où le destin s’acharne su un homme. Le fond d’une tragédie se forme à travers les différents procédés du tragique: une syntaxe et uneponctuation expressive, faites d’exclamations et d’interrogations, suivies de nombreux procédés rhétoriques particuliers dont l’alexandrin qui reste le vers tragique par excellence ainsi que de nombreux procédés d’amplification qui visent à rendre les personnages héroïques (“Hé bien! Connais donc Phèdre et toute sa fureur” Texte D, Phèdre de Racine) mais aussi d’opposition qui permettent créer desimages frappantes (“Ces jours, si longs pour moi, lui sembleront trop courts” Texte C, Bérénice de Racine). La tragédie propose un spectacle dont le fond est esthétique, particulier et original mais ce n’est de moins pour la forme. “Il suffit que l’action en soit grande”, dit Racine dans le préface de Bérénice, que le sujet soit noble pour que des thèmes récurrents comme l’amour, l’haine, la jalousie,le sens de l’honneur et la fatalité contre laquelle l’homme ne peut rien soient exaltés. Ce sont ces passions “excitées”, les acteurs “héroïques” et ces sentiments d’admiration, de terreur et de pitié mélangés avec “cette tristesse majestueuse” qui font, tout ensemble, “le plaisir de la tragédie”. Au-delà du pur divertissement, la tragédie a hérité de l’Antiquité les visées morales et...