Droit de l'homme en iran

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  • Publié le : 18 juin 2011
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1 Ce dossier sur l’Iran, après plusieurs articles sur nos passés communs, nous permet de revenir au présent en témoignant aujourd’hui, avec recul et respect, d’une expérience récente de juriste anthropologue en Iran à propos du concept des « droits de l’homme »1. Les leçons de cette expérience interrogent d’autres pays à travers le monde, en particulier la France, comme on va le voir. Nousprolongeons donc ici, intellectuellement, les très anciennes relations entre la France et l’Iran.

2 Une rencontre internationale a eu lieu du 18 au 20 octobre 2003 à l’Université Shahid Beheshti de Téhéran, sous la présidence du professeur Ardeshir Amir-Arjomand, titulaire de la Chaire UNESCO des Droits de l’homme, de la paix et de la démocratie, sur le thème, alors révolutionnaire : « Identité,Diversité culturelle et Droits de l’Homme ». Invité en tant que membre de l’équipe Droit et Cultures, intéressé par les diverses conceptions des droits de l’homme à travers le monde, nous avons alors choisi de mettre l’anthropologie au service d’une réflexion sur les droits de l’homme.

Des reproches réciproques

3 La rencontre réunissant en particulier des Français2 et des
Iraniens3, lesallusions à nos histoires réciproques furent, dès les premiers contacts, assez directes. Nos conceptions des droits de l’homme étaient mises sur la sellette : à propos de la France, on nous reprocha le traitement du problème du « voile » ; à propos de l’Iran, on parla de la démocratie et du problème des minorités, un des sujets centraux de la rencontre. Ces deux visions différentes de nos droits et denos obligations montraient que l’on pouvait, à juste titre, en fonction de nos propres cultures, se faire des reproches.
2 Les quatre invités français eurent à traiter de deux sujets. Otto Pfersmann (Paris I) : 1) Droits (...)
3 Les invités iraniens étaient : Farhad Khosrokhavar (sociologue) : Multiculturalisme et problèmes l (...)

4 En effet, la conception des droits de l’homme estdifférente à travers le monde, mais les manuels de droit donnent l’impression d’une parfaite unité fondée sur « le » point de vue occidental et les conventions internationales émanant de l’ONU ou de l’OIT. Pourtant, nous savons, en particulier les historiens du droit et les juristes comparatistes, la grande différence qui existe entre les droits dits de common law et d’equity par rapport aux droits ditsromano-germaniques, aux origines multiples cependant identiques puisqu’ils sont nés de la confrontation entre les mondes romains, celtes et germains. Aussi, l’interprétation des textes internationaux communs peut différer grandement selon que l’on est un juriste français ou canadien, par exemple. Les cas des « peuples autochtones » et des « minorités », objets des réserves des gouvernements françaissuccessifs lors de la signature des diverses conventions internationales qui s’intéressent à eux, en sont deux illustrations. Sur ce même sujet, il n’y pas non plus accord entre les membres de la communauté romano-germanique (cas de la France et de l’Espagne, parmi d’autres). En outre le passé différent, colonial ou non, influe sur l’interprétation des conventions et sur la vision de l’Autre etdu monde.

4 Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU, 10 décembre 1948 ; Convention européenne (...)

5 Loin de cette conception « occidentalisante » à vocation universelle, de cette mondialisation sous contrôle de l’Occident des droits de l’homme-individu (dont les « peuples » sont souvent exclus), il existe d’autres conceptions. Chaque région du globe a établi ses propresrègles à vocation universelle, mais d’une universalité aussi discutable que les conventions onusiennes : c’est le cas de l’Afrique (Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples), du monde musulman, de l’Asie, qui ont voulu sauvegarder leur identité. Si les conventions de l’ONU ont vocation à s’appliquer au monde entier, en proposant une conception occidentale du droit, de l’homme et des...
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