Droit & justice

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  • Publié le : 11 décembre 2010
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LA JUSTICE ET LE DROIT

Paul Ricoeur faisait remarquer que le sens de la justice (et peut-être d’abord de l’injustice) est enraciné dans notre expérience d’enfant : tous, nous nous sommes indignés, étant enfants, devant des rétributions disproportionnées de la part des adultes ( éloges, punitions ), devant des promesses trahies, des partages inégaux ( le gâteau inégalement partagé entrefrères et sœurs. L’idée de juste, pour l’adulte, poursuit-il, se manifeste à 3 points de vue différents :
• le souhait de vivre bien avec et pour les autres dans des institutions justes (plan téléologique où le juste est un aspect du bon, mais relatif aux autres)
• la capacité d’agir avec et sur les autres en évitant au maximum d’infliger à autrui ou de subir de sa part des torts (plandéontologique où le juste est le légal qui définit les obligations et les interdits pour chacun)
• Enfin, si tort il y a eu, la possibilité de recourir à une procédure qui répare le tort, sanctionne le contrevenant (plan de la sagesse pratique où s’exerce le jugement du juge en son tribunal et où le juste est l’équitable).

Le souci, l’exigence de justice traverse donc la vie humaine de lanaissance à la mort, de la vie privée à la vie publique ; elle est un des éléments essentiels de la vie sociale, de la vie au milieu des autres hommes (ce que Hannah Arendt appelait l’interesse du latin être au milieu de). Or, en occident, pour rendre possible cette vie en société, les hommes n’ont rien trouvé de mieux que de se doter de règles communes, instituées par eux, en vue de concilier aumieux les intérêts particuliers des individus et l’intérêt commun de tous, d’assurer la coexistence des libertés (comme disait Kant ) et de faire pièce autant que possible à la violence, de la juguler : ces règles sont les règles du droit.
N.B. dans les civilisations traditionnelles de la Chine ou du Japon, on méprise le droit tenu pour vulgaire et inutile et signe de décadence, dans unesociété régie par un code de l’honneur, des rites et des règles morales assez puissantes pour que les règles juridiques soient superflues ; mais avec l’évolution des mœurs, des échanges internationaux, le droit est aussi devenu dans ces sociétés un mode d’organisation et de régulation des rapports humains.

Le droit est donc le grand régulateur de la vie sociale et on peut avoir l’impressionqu’il envahit l’ensemble des rapports sociaux : dans beaucoup d’actes de la vie quotidienne, nous sommes dans des situations de droit : si je prends un taxi ou un bus, si j’achète ou loue qq chose, il s’agit d’activités réglées par le droit. On assiste à une inflation du droit dans nos sociétés occidentales (judiciarisation de la société, pénalisation de certaines activités économiques. Certes, ilexiste encore des activités qui échappent au droit, comme l’amitié, l’amour, mais les relations familiales sont aussi des liens juridiques et par ex. l’apparition des « nouvelles familles » appelle de nouvelles lois (droits du beau-parent par ex.) ; cependant, quand un enfant traîne ses parents devant un tribunal ou l’inverse, c’est toujours le signe d’un ratage sur le plan humain. Il est néanmoinsnécessaire de connaître ses droits pour éviter d’être exploité et manipulé.
Un symptôme de cet envahissement de la vie sociale par le droit : la multiplicité des acceptions de ce terme :
• « avoir un droit » : qq chose d’exigible en fonction des règles du droit (je travaille, j’ai droit à un salaire)
• « avoir le droit  » : la permission, le pouvoir moral ou légal de faire qq chose• « avoir eu droit à » : avoir subi (j’ai eu droit à un mauvais traitement) ou bénéficié de qq chose (j’ai eu droit à un régime de faveur)
• « de quel droit ? » : en vertu de quoi ? de quelle autorité ?
• « payer ses droits » : redevances, sommes dues (droits d’inscription en fac)
• « à bon droit » : de façon juste, légitime.

Notons la polysémie des notions de...
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