Droit

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  • Publié le : 27 mars 2011
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Année 2007-2008 Thème : La liberté

L’idée de liberté fondamentale
Par Arnaud Villani Avant de songer à engager le problème de la liberté sur les chemins classiquement complexes du libre-arbitre et de la nécessité, faisons d’abord cette remarque que la liberté se présente le plus souvent comme un grand embarras. « La liberté, mot détestable ». Et, puisque tout accès direct semble barré,l’épreuve intérieure de la liberté ne faisant surtout pas preuve, l’atmosphère de toute discussion sur ce sujet restera morose, voire désespérée. Comment faire droit alors au plaisir tout simple pris à l’exercice de la liberté lorsqu’il consiste à mouvoir aisément ses membres, s’étirer en rêvassant, penser sans contraintes apparentes, vagabonder dans une Wanderung physique et spirituelle, bref donner uncontenu à ce que Lupasco nomme « hétérogénéiser » ? Comment redonner la parole à une liberté envisagée comme pure joie ? On peut vraiment se demander si cette disruption du plaisir et de la liberté ne tient pas à ce que, chacun d’eux suscitant dans la philosophie classique une forme de suspicion ou de méfiance, leur réunion n’est pas précisément, dans cette conception, ce qu’il faut éviter à toutprix. Or, que l’un et l’autre soient suspects, c’est ce que nous enseigne la plupart du temps la philosophie, toujours prête à secondariser, tempérer l’enthousiasme, fuir la réaction immédiate, brider la joie. A y bien réfléchir, la liberté est loin d’être aussi évidente qu’on le sent ou le dit. A la réflexion, le plaisir ne mène pas bien loin et il convient d’en remplacer la poursuite (l’hédonisme)par celle, plus exigeante mais plus fiable, du bonheur (eudémonisme). Tout cela saisi dans la logique d’une austérité et d’une ascèse qui évoquent les positions de Platon (celui du Phèdre et non du Philèbe), de Plotin, de Saint Augustin ou de Kant. On voit par exemple, chez ce dernier, combien la liberté, dès sa première évocation dans la Critique de la Raison pure, apparaît comme directementaporétique. Il faudrait rappeler également l’effort des conciles chrétiens pour combattre l’orgueil de l’homme, rabattre ses prétentions, le désespérer de s’en sortir par lui-même, trop « abîmé » qu’il serait par le péché originel, lui imposer la grâce (jansénisme contre pélagianisme). Penser l’homme prenant du plaisir à sa liberté qu’il ressent comme une nature et pas seulement comme un droit,serait donc le comble de la naïveté et de l’impudence.

La liberté foncière
Dans l’évolution d’une psyché qui souffre, il est quelquefois nécessaire de rétrograder vers des stades plus frustes mais solides, qui permettent une éventuelle reconstruction (Hugglings Jackson). Peut-être serons-nous alors bien inspirés de reprendre le problème de la liberté à un niveau moins technique et plus fruste, maisprésentant l’avantage de fournir ce que le grec nomme bebaios, le sol ferme et sans risque de glissade, l’asphalês sur lequel faire fonds. Soit dit en passant, on n’a jamais exploité la ressemblance du geste de l’ancêtre Iatmul, qui vient de tuer le crocodile maintenant le monde à l’état de boue, et tapant du pied sur le sol ferme pour exprimer son contentement, et la joie du Dieu hébraïque qui,venant de créer l’univers, « vit que c’était bon ». Le sol ferme, la solide assise, offrant sa certitude immédiate et son accueil, est manifestement un aspect phénoménologique du plaisir comme occupation libre de l’espace, surtout si on vient de le créer.

On appelera donc « liberté fondamentale » cette liberté première (au double sens de chronologique et logique) sur laquelle se fonder, etprécédant nécessairement tous les problèmes de la liberté puisqu’elle les rend possibles et envisageables. Or, on n’a jamais mieux exprimé cette liberté fondamentale que dans le mythe d’Epiméthée, dont les spécialistes pensent qu’il n’est pas seulement mis par Platon dans la bouche de Protagoras, mais qu’il est une longue citation d’une œuvre du Protagoras historique. Examinons de près ce texte....
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