Droit

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 6 (1307 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 8 octobre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
«Le nouveau code du travail nous ferait reculer d’un siècle»

Bruxelles, le 17 février 2005 (CISL En Ligne) : Adan Mohamed Abdou est le secrétaire général de l’Union djiboutienne du Travail (UDT), affiliée à la CISL. Alors qu’un nouveau code du travail défavorable au syndicalisme indépendant est en préparation à Djibouti, il nous parle entre autres de la situation précaire des travailleursdjiboutiens, des pressions menées contre l’UDT et de possibles détournements d’argent.

Où en est Djibouti en ce qui concerne les violations des droits syndicaux ?

Nos problèmes ont commencé en septembre 1995, lorsque nous avons fait une grève générale pour protester contre les ajustements structurels issus des institutions de Bretton Woods, qui aboutissaient à une retenue sur les salaires d’unesomme drastique, de l’ordre d’environ 40%. A cette époque, des centaines de syndicalistes ont été licenciés pour avoir lancé des grèves de protestations, dont des dirigeants de deux centrales, l’UDT et l’UGTD (Union générale des travailleurs djiboutiens). Ces dirigeants syndicaux, dont je fais partie, demeurent toujours licenciés à l’heure actuelle. L’entreprise qui se hasarderait à nous embaucherpeut être poursuivie. Cela fait donc près de dix ans que nous vivons sans salaire. Nous demeurons harcelés quotidiennement dans nos activités syndicales par les services de l’Etat. Nous vivons cette situation très difficilement, elle est intenable.

La situation syndicale dans notre pays s’est encore aggravée en 1999, lorsque l’actuel ministre de l’Emploi a hérité de ce portefeuille et a décidéde réaliser un « coup d’Etat » contre les deux centrales indépendantes en créant deux organisations syndicales fantoches, des clones syndicaux portant les mêmes sigles que les authentiques. Clones qu’il invite et prend en charge dans les réunions officielles à l’étranger, notamment à celles de l’Organisation arabe du travail, de l’OIT, etc. en les présentant partout comme des représentants detravailleurs djiboutiens, alors qu’ils ne le sont pas.

Vous êtes aussi inquiets concernant un projet de nouveau Code du travail…

Oui, un nouveau code du travail a été élaboré, puis adopté par le Conseil des ministres, en attendant son adoption par l’Assemblée nationale. Le ministère de l’Emploi y travaille seul depuis 1999 en se refusant à associer les syndicats et les employeurs à sonélaboration. Les employeurs ne se sont jamais sentis menacés par cette réforme, peut-être parce que le ministre est lui-même un employeur et que les faits passés les ont rassurés.

Jusqu’à présent, le code du travail en vigueur à Djibouti est celui de 1952, il date donc de l’époque coloniale. Nous sommes déjà en retard de plus de 50 ans avec ce code, mais aujourd’hui, le nouveau code du travail remet encause tous les droits fondamentaux de l’OIT, notamment la liberté syndicale, la négociation collective et le droit à l’organisation. Désormais, selon ce code, pour créer un syndicat, il faudra l’autorisation du ministère de l’Intérieur, du ministère de l’Emploi, de l’inspection du travail, du ministère de la Justice et du Procureur de la République. Et si ces ministères demandent la dissolutiond’un syndicat donné, le Procureur de la République pourra, sur simple décision administrative, y procéder. Ce serait revenir un siècle en arrière pour la législation djiboutienne du travail, alors que le code de 1952 n’avait pas fait l’objet d’une quelconque amélioration.

Ce code du travail pourrait être adopté dès cette année, mais nous sommes en train de mener une campagne de sensibilisation etde mobilisation pour nous y opposer, via des communiqués de presse, des pétitions, des contacts au sein de l’Assemblée nationale, etc. Nous prévoyons également de manifester à cet effet.

Les syndicalistes djiboutiens sont-ils confrontés à la violence physique ?

Pas pour l’instant mais si demain nous manifestons, nous pouvons toujours être victimes de violence, ou notre famille avoir des...
tracking img