Du bellay

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 31 (7560 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 21 avril 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Le Théâtre moderne en France

1

Le Théâtre moderne en France
Revue des Deux Mondes, tome 9 et 10, 1837 Le théâtre moderne en France Gustave Planche

Pour déterminer avec précision quels sont aujourd'hui les devoirs de la poésie dramatique, il nous semble nécessaire d'examiner successivement de quels éléments elle se compose, quelles sont ses formes naturelles, et enfin ce que valent lestraditions. A ces conditions, mais à ces conditions seulement, nous pouvons légitimement espérer de résoudre le problème de la réforme dramatique. Notre solution, il est vrai, ne paraîtra et ne sera jamais décisive, tant que les poètes n'auront pas pris la peine de la réaliser, de la traduire en œuvres vivantes; mais ce résultat facile à prévoir n'est pas une raison suffisante pour abandonner larecherche de la vérité. Si nous arrivons à l'évidence, et si nous parvenons à faire passer notre conviction dans les intelligences vouées à la pratique de la poésie, la tâche que nous aurons accomplie, sans être glorieuse comme le serait l'achèvement d'un beau poème dramatique, ne sera pourtant pas inutile. Les applaudissemens ne seront pas pour nous; mais si nous décidons un poète, quel qu'il soit,aujourd'hui célèbre ou obscur, à tenter des voies nouvelles, et si nos conseils le conduisent à une popularité inespérée, il n'y aura pas lieu d'accuser la discussion de stérilité. Délibérer et démontrer ne compose pas, nous le savons bien, la vie entière de l'intelligence. L'invention est, à coup sûr, une des plus magnifiques expressions de la puissance humaine; mais il y aurait de l'injustice àproscrire la délibération et la démonstration comme des enfantillages. S'il est vrai que le géomètre, en résolvant une équation, peut décider, dans un avenir indéterminé, une découverte inattendue, il n'est pas moins vrai que la discussion littéraire, traitée sérieusement, peut agir sur la conduite de la poésie, par voie directe ou indirecte, soit en modifiant le mouvement des idées chez lesintelligences poétiques, soit en changeant le cours des sympathies populaires. Si nous sommes dans le vrai, si nos affirmations ne reposent pas sur des rêves, peu importe que les poètes traitent nos conseils comme les hommes d'état ceux des publicistes. Il est naturel de penser que le maniement des affaires et la pratique de l'invention révèlent des secrets ignorés des critiques et des publicistes; cen'est pas nous qui le nierons; mais le dédain, si superbe qu'il soit, ne comptera jamais à nos yeux pour un argument. C'est pourquoi nous discuterons avec une entière confiance les devoirs de la poésie dramatique. Or, quels sont les élémens de la poésie dramatique? Ramenés à leur plus haute généralité, dégagés de toutes leurs formes passagères et locales, ces élémens ne sont-ils pas l'histoire etla société? Nous ne croyons pas possible d'apercevoir au-delà de l'histoire et de la société un élément mis en œuvre par la poésie dramatique. Mais à quelles conditions l'histoire paraît-elle sur le théâtre? Est-il nécessaire, est-il raisonnable d'accepter sans réserve, sans restriction, la réalité consacrée par les récits authentiques? L'emploi de l'histoire au théâtre n'est-il pas soumis à deslois très différentes des lois du récit historique? Nous nous prononçons hardiment contre l'acceptation littérale des données de l'histoire. La thèse contraire à celle que nous soutenons a été défendue plusieurs fois avec un talent remarquable; nous avons lu avec une attention scrupuleuse tous les argumens présentés par nos adversaires; mais l'élégance et la vigueur du plaidoyer n'ont pas altérénos convictions. Nous persistons à penser qu'il y aura toujours un immense intervalle entre l'invention et la réalité. La plus belle page de Tacite, mise en scène, pourra très bien ne produire qu'un effet assez médiocre. Pourquoi? Parce que Tacite s'est proposé de raconter, mais non d'inventer; parce qu'il n'avait en vue que l'expression de la réalité, parce que la réalité la plus belle n'est pas...
tracking img