Du texte au sociotexte

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  • Publié le : 7 avril 2011
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Du texte au sociotexte



En passant du texte au sociotexte on ne peut faire l’économie du « texte », d’une définition du texte, en ses multiples avatars, de part et d’autre des années 70. C’est un terme qui a trop vécu, et trop produit pour être employé innocemment, même en de nouvelles forgeries. Le mot engendre une ambiguïté permanente, une question récurrente. Alors que dansla période post- 68 tout semblait annoncer que Duchet et ses amis chercheraient à incorporer la sociocritique à la théorie littéraire antérieure, on voit peu à peu la sociocritique prendre ses distances à l’égard de la poétique instituée, en même temps que Duchet songe à de nouveaux alliés, du côté de la réflexion institutionnelle ou même de la sociologie des champs : « il se peut qu'une analyseplus institutionnelle soit plus pertinente pour rendre compte de certains ensembles considérés comme des systèmes littéraires ou pour développer tel ou tel point de l’analyse sociale des textes, mais sans pour autant changer la théorie du texte » .

Mais s’il fallait justement changer la théorie du texte ? Et n’est-ce pas ce que propose le recours au concept de sociotexte, ouvertement substituéà celui de texte, sans pour autant renoncer à ce dernier ? La situation conjoncturelle de la sociocritique dans les dernières années du siècle est très différente de ce qu’elle était en 70 et 80 et exige sans doute à de tels éclaircissements ; elle oblige en tout cas à insister sur la rupture qu’entend marquer la sociocritique et son aspect novateur. Il n’est pas inutile ici de revenir au pointde départ, où l’on insistait bien sur toutes les ambiguïtés de la situation, mais, notons-le, sans mettre en question la notion – sinon le concept – de texte.

La socio-critique n’a pas la prétention d’inventer le texte. Mais trop de commentaires sociologiques, ou d’analyses marxistes d’inspiration philosophique, esthétique ou politique ont jusqu’ici traversé le texte pour s’établir au-delà etconsidérer le statut externe des œuvres. Cela en raison de leur visée, mais faute aussi de techniques spécifiques. Et d’autre part la théorie du reflet, le concept du typique, entre autres, une insuffisante exploration des idéologies et de la nature du signifié littéraire ont figé la recherche marxiste. Le livre de Macherey a marqué un tournant et, plus récemment, les deux colloques de Cluny, lesrecherches d’Henri Meschonnic, par exemple, et celles de quelques groupes qui travaillent avec des instruments mieux adaptés, ont modifié sensiblement la situation. A l’opposé, certains “ textologues ” se sont pris au piège de l’auto-engendrement du texte, causa sui, jusqu’à supprimer la notion même d’entre-deux.

Significativement cet élément essentiel (par quoi s’insère toute la problématiquedes médiations) se trouve rejeté en note. Tout se passe comme si, dès cette époque, Duchet avait bel et bien l’intention d’inventer sa théorie du texte, pour donner des fondements labiles à la sociocritique. Il n’en reste pas moins que le terme reste encombrant voyant dans le nouveau syntagme, bien avant d’être expérimenté : le sociotexte ne me paraît pas avoir réglé tous ses comptes avec letexte. Duchet avouait à Patrick Maurus, dans des Entretiens, qu’il déplorait « le fait qu'à se servir impunément de la théorie du texte des autres, on compromettait l'avenir de la sociocritique » . Il y a plus, relativement à l’imprécision de certaines définitions, employées dans l’urgence, mais qui, justement, font de l’ombre. Ainsi, « le fait de raisonner (aujourd'hui encore) en fonction d'unecertaine approche de l'ainsi nommée littérature, alors qu'il n'y a rien de plus mouvant que cet objet littérature » . On considérait en fait à l'époque que la littérature était une chose existante, constituée, moins susceptible d'évolution (si ce n’est pour se détruire) que de classification (ou même de « distinction(s) »). C’était, par consensus implicite, plus un patrimoine, une culture, qu’un...
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