Duvignaud jean, le don du rien "l'os et la chair"

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  • Publié le : 29 mars 2011
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DUVIGNAUD JEAN, Le don du rien, « L’os et la chair »

On fait traditionnellement du symbole un problème linguistique, de sémiologie ou philosophique, la division signifiant/signifié relevant du formalisme, le symbole étant conçu comme un signe qui renvoie à un monde invisible ou désignant des essences ou des combinaisons formelles. Or, interrogeant cette évidence, Duvignaud affirme que c’estl’enracinement seul qui permet de le comprendre. Il est donc une forme de l’expérience, un acte social. Davantage même, le symbole est avant tout une chose matérielle, chargée de mana manifestant par hiérophanie la puissance d’un lieu.
Le symbole ne désigne donc pas un concept, ni plus qu’un être, mais un acte ayant trait à la différence entre deux univers : le nomadisme et la cité, la nature et lediscours, autrement dit à la confrontation des groupes organisés, stabilisés, à un univers « chiffonné » plein de trous et de noyaux d’énergie, de forces disséminées, de labyrinthes de durées diverses. Le symbole naît du passage du premier au second univers et se renouvelle de la frustration de ne renvoyer qu’à un autre symbole, lui-même prisonnier du langage urbain. La séparationsignifiant/signifié est relative à la vie urbaine qui pour exister, s’organiser, être stable, doit se défaire d’une certaine image de la nature, se construisant et s’organisant comme un discours. Une coupure similaire s’opère lors de la mort : on construit avec les os du signifié afin que le signifiant survivant ait un sens. Cela, c’est le premier symbolisme selon Duvignaud, rendu manifeste par certainespratiques, à l’instar de la double inhumation, de la momification, ou des têtes réduites chez les Jivaros : il s’agit de représenter les parties molles, la chair, la vivacité de la vie par l’inverse : les parties dures c’est-à-dire, souvent, les os. C’est une métaphore qui nous rappelle ce qui n’est pas là mais fait « comme si », sans le dire.

Le recours au symbole qui est une chose renvoyant àl’univers « chiffonné » est une tentative de communication qui échoue dans le cadre de la ville, mais la fête –qui n’est pas la cérémonie, est l’occasion de ce rejaillissement, de cette confrontation que nous avons évoquée, ce qui met tout un chacun face à la transmutation des formes. La fête est ainsi l’occasion d’une révélation (ou d’un rappel si l’on veut) très subversive en ce que de la sorte ellepeut mettre en cause le bien fondé de l’ordre instauré dans la cité. Pourtant soutient l’auteur, elle lui permet aussi de survivre.

Le rayonnement du symbole engendre de multiples sens, car il est un nœud d’énergies et de significations, qui sont relatifs aux sociétés, elles-mêmes sujettes au changement. Le symbole ne peut donc pas être « l’instrument d’une sécurisante conservation de la mémoirecollective » : la vie quotidienne impose ses changements aux systèmes symboliques. C’est que la hiérophanie en tant que manifestation du sacré, ou de révélation d'une modalité du sacré, contient elle-même un paquet de signification concentrées dans un lieu, mais que cette force interne est tout à fait indépendante des croyances qu’elle supporte. Le symbole est une manière parmi d’autres demanifester la puissance d’un lieu dans la matière, qui est le mana. Cela a pour conséquence une tension : le symbole a quelque chose à la fois d’historique, tenant des interprétations particulières à telle époque, et en même temps quelque chose d’anhistorique en temps que matière qui dure, et énergie présente dans tel lieu, survivant aux différentes cultures qui l’habitent. Le symbole alors renvoie àdes expériences qui se font toujours, quelle que soit l’époque, bien que selon des modalités différentes. L’impression qui nous est donnée c’est d’être mis en face d’un sacré « objectif » puisqu’indépendant des interprétations diverses des cultures au cours du temps.

Après ce résumé, rentrons plus avant dans les détails du chapitre « La chair et l’os » issu de l’ouvrage Le don du rien,...
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