Eau au moyen orient

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  • Publié le : 27 mai 2011
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Turquie : château d’eau, château fort du Moyen-Orient
La Turquie est un grand pays qui tire sa puissance de facteurs historiques et géopolitiques anciens. Elle reste l’héritière des empires seldjoukide et ottoman mais également de l’Empire byzantin que les Turcs ont soumis.

Dans sa géographie actuelle, elle s’impose comme un acteur majeur du Moyen-Orient et une zone pivot entre l’Asie etl’Europe. Outre sa démographie (73 millions d’habitants), son développement économique (15ème économie mondiale) ou même sa puissance militaire (pays de l’OTAN), la Turquie détient un atout dans le grand jeu moyen-oriental : c’est le château d’eau de la région. L’eau, c’est véritablement le pétrole de la Turquie !
 
L’eau manque déjà au Moyen-Orient et elle manquera de plus en plus. Le croissantfertile qui fut le siège de grandes civilisations antiques et le berceau des grandes religions monothéistes, est irrigué principalement par le Tigre et l’Euphrate dont les sources sont en Turquie. Le Tigre prend sa source en Anatolie orientale puis parcourt la Turquie sur 400 km, avant de poursuivre sa course vers le Golfe persique. La moitié de l’eau de ce fleuve provient de la Turquie. L’Euphratequi provient également des Monts Taurus, est alimenté à plus de 90% par les eaux turques sur environ 450 km de traversée de ce pays. Les deux fleuves se caractérisent par une irrégularité très forte du débit saisonnier, des crues très importantes et une diminution du débit d’amont en aval. Ces eaux sont stratégiques pour la Turquie, l’Irak et la Syrie.

De manière générale, l’eau manquecruellement au Moyen-Orient. Des stratégies alternatives ont été développées pour augmenter la ressource : dessalement, extraction des eaux fossiles, etc. Les ressources sont limitées et les besoins augmentent significativement. La croissance démographique est le premier facteur aggravant. Les populations turques, iraniennes ou syriennes ont doublé durant les 25 dernières années. La consommation deszones urbaines ne fait que s’amplifier. En effet, les comportements tendent à s’aligner sur ceux des pays européens. L’agriculture absorbe plus des trois quarts de l’eau potable. La concurrence entre les eaux urbaines et agricoles s’accroit et génère des tensions internes et externes. Aucune solution satisfaisante à moyen terme n’est envisageable car l’eau est un produit qui se transporte mal.
 Au plan local, dans le bassin du Tigre et de l’Euphrate, la gestion de l’eau s’avère un facteur de différends transfrontaliers. L’exploitation hydraulique est ancienne. Au début du XXème siècle, la Turquie envisage de maîtriser ces fleuves. Entre les deux guerres, l’irrigation est développée et le barrage d’Hindiya sur l’Euphrate, construit de 1911 à 1913, est modernisé en 1927. Des aménagementséquivalents sont réalisés sur le Tigre. La discorde débute évidemment avec le démembrement de l’Empire Ottoman qui maîtrisait ces eaux jusqu’au Golfe persique et la « création » de la Syrie, sous mandat français et de l’Irak, sous mandat britannique. D’autres projets ont été développés depuis.
 
Le projet de Güneydogu Anadolu Projesi (GAP) qui vise à l’aménagement de ces deux fleuves a entrainédes conflits qui auraient pu dégénérer en affrontement militaire. En 1989, la chasse syrienne avait descendu un avion turc à proximité du chantier de construction du barrage Atatürk ! Ce projet représente un enjeu national de prestige et de souveraineté vis-à-vis du Kurdistan. Il devrait permettre de doubler les terres irriguées de la Turquie. Le but est de construire 22 barrages et de stocker 110milliards de m3. Pour illustrer le côté gigantesque, le remplissage du barrage Atatürk, à partir de 1992, a fait baisser le débit de l’Euphrate d’un quart. En 1992, M. Karman Inan, ministre turc de l’intérieur, lors de la mise en eau du barrage Atatürk, déclarait : « l’eau sera la ressource la plus importante au Proche-Orient dans les décennies à venir, et nous sommes les plus riches...
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