Ecce homo

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  • Publié le : 25 avril 2009
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Être libre de tout ressentiment

Ecce homo (« Pourquoi je suis si sage »)

Un aphorisme suffit parfois pour que tout bascule. Pour que d’un abîme, d’une béance sans mot, surgisse un « abysse de lumière Z ». Non un dédale d’images, mais un labyrinthe sonore, pure musique transmise de bouche à oreille. Un oui illimité à la vie, un « oui bénisseur Z », qui se dérobe pourtant presqueinstantanément. Retenant son souffle, on se demande si l’on pourra un jour recomposer l’écho de cette mélodie céleste ombre du nirvana, dirait un bouddhiste.
L’aphorisme 6 du chapitre « Pourquoi je suis si sage » » d’Ecce homo est un de ceux-là. Un aphorisme où tout s’inverse dans une nouvelle perspective. Ecce homo (Voici l’homme) est l’un de ces livres où de nouvelles possibilités de vie s’inventent.Nietzsche s’y présente comme un disciple de Dionysos. Il est le philosophe du phénomène dionysien, de son aspect psychologique.
Cette spiritualité corporelle liée au drame de l’existence, Nietzsche la nomme « physiologie ». Sa plus grande vertu ? Chasser l’ignorance, le mensonge, les croyances monothéistes. Et lorsque Nietzsche insiste sur cet état de fait, surgit l’exemple : « C’est ce qu’a biencompris le Bouddha, ce profond physiologiste. N » Ne confondez pas sa philosophie avec une « religion, qu’il vaudrait mieux définir comme une hygiène N ». Parce que « ce n’est pas la morale, [mais] la physiologie qui s’exprime ainsi N ». Innocence et oubli, renouveau et jeu selon Zarathoustra, voilà comment cette « roue qui roule sur elle-même Z » inverse subitement son sens de rotation. Et puissele Bouddha s’exprimer comme un philosophe dionysien !
« Être libre de tout ressentiment, être éclairé sur la nature du ressentiment N », ainsi débute l’aphorisme explosif. Où Bouddha reçoit de Nietzsche l’honneur suprême partagé sans équivoque avec son égal dionysien. On est pris de vertige. Est-ce l’un de ces messages cryptés de la main de Nietzsche ? Une nouvelle manière de conjuguer Orientet Occident ? Cette libération, cet accomplissement délivrance de l’âme, guérison, les expressions ne manquent pas bref, cette « victoire sur le ressentiment N », Nietzsche en serait redevable à sa longue maladie. Une logique contrapuntique se met en place : une position de force et une position de faiblesse afin de philosopher sur « l’état de maladie ». Aucun doute, Ecce homo est une ode àla grande santé, celle de Zarathoustra ; position de force qu’est le phénomène dionysien.
Dans l’aphorisme, Nietzsche dit que tout ce qui ne saurait être conforme au surhumain est maladie, souffrance. Que Bouddha, le physiologiste, soit le seul qui ait droit de citer auprès de son fils dionysien dans ce véritable guide de santé est une certitude formelle. La première partie de l’ uvre faitl’éloge du régime alimentaire, du bon choix des lieux et des climats, de la nécessité des délassements. Dans l’état de souffrance, l’« instinct de guérison s’effrite N ». L’enseignement véritable du Bouddha : « Maintenant ainsi qu’avant je ne parle que de deux choses : dukkha et la cessation de dukkha. B » En son sens usuel, dukkha est traduit par « souffrance », « mal-être », « malheur ».Philosophiquement, le mot désigne à la fois le conflit, l’impermanence, l’absence de soi ; tout produit négatif d’un attachement. Refrain tragique : dans cet état de faiblesse, « on ne sait plus s’affranchir de rien, on ne peut plus venir à bout de rien tout vous blesse N ». Et voilà certitude faite : Zarathoustra, Bouddha ont fait l’expérience d’une solitude blessée, mais guérie. Que Nietzsche nommephilosophie tragique, par la grâce de laquelle plus rien ne vous blesse. Car vous avez réalisé la cessation du ressentiment, la cessation de dukkha.
Bouddha, philosophe dionysien. On ose même : Bouddha, un héros tragique ? Nombre d’aphorismes vont en ce sens. Un seul : « Je pourrais devenir le Bouddha de l’Europe N. » Imaginer un corps spirituel, sans ranc ur ni animosité, sans haine ni soif de...
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