Economie

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LA FORMATION DES PRIX CHEZ ARISTOTE

Sur le blog de Paul Jorion

http://www.pauljorion.com/Chapitre+4+-+La+formation+du+prix+selon+Aristote-1.html

Le retour de Polanyi à Aristote

Dans son ouvrage classique publié en 1954, l'Histoire de l'analyse économique, le prix Nobel d'économie Joseph Schumpeter consacrait quelques remarques désobligeantes à la théorie de la formation des prixd'Aristote en affirmant qu'elle est « pompeuse, plate et passablement médiocre » (1954 : 57), après quoi, sans avoir peur de se contredire, il admettait n'y avoir rien compris. Quelques années plus tard, en 1957, alors qu'il enseignait à Columbia University, l'historien d'origine hongroise Karl Polanyi publiait un texte intitulé « Aristotle Discovers the Economy », sa contribution à un volume collectifconsacré aux marchés dans les économies précapitalistes. Dans cet article, Polanyi suggérait que l'on prenne au sérieux la théorie de la formation des prix proposée par le philosophe grec, et ceci pour la première fois sans doute depuis la fin du moyen âge, qunand les Scolastiques, dont Thomas d'Aquin, étudièrent la question dans les termes posés par Aristote.

Sur la question de savoirpourquoi la théorie d'Aristote cessa d'intéresser, Berthoud a émis une intéressante hypothèse : « ... on peut tout aussi bien prétendre que l'Économie Politique écarte l'échange d'Aristote parce qu'elle en comprend la portée profonde. Quel est en effet le projet des économistes à partir du XVIIIe siècle environ, sinon d'établir déductivement que les variations des grandeurs économiques - prix, intérêts,revenus, quantités - relèvent de forces anonymes, mécaniques ou matérielles s'exerçant selon des causalités efficientes et interdépendantes, et ne doivent rien aux volontés s'exerçant selon leurs fins. Or la notion de juste prix constitue pour cette ambition un obstacle décisif, l'équivalent dans le domaine des richesses du concept du mouvement fini de la physique aristotélicienne dont sedébarrassèrent un siècle plus tôt, et non sans mal, Galilée, Descartes, puis Newton. A quoi servirait, en effet, de multiplier les énoncés de lois liant deux à deux telle ou telle grandeur économique comme le fait le mercantilisme, s'il reste au point nodal, sur les marchés, là où ces grandeurs se confrontent pour constituer un système possible, des volontés prévalant sur des forces ? Mais comment, parailleurs, sous le point de vue de la réalité et au regard d'un projet descriptif, positif ou explicatif, justifier l'affirmation que tout marché ou tout échange est soumis à des forces et non à des volontés ? La réponse est aisée et semble aller de soi. Il suffit d'envisager le marché selon sa forme moderne de foule, de foires ou de grandes bourses. Ici, à l'évidence, - semble-t-il - une mêmemarchandise fait l'objet d'une multitude de demandes et d'offres, le prix est un effet collectif qui n'est proprement voulu par personne et que chacun accueille avec soulagement et effroi, comme il accueille une chose de la nature, comme grandeur naturelle ou prix naturel. Parle-t-on de la justice quand il s'agit d'effets naturels ? La cause est entendue : le marché-foule dilue les volontés, rabat chaqueindividu sur son intérêt ou ses préférences privées, et disloque l'idée même d'une action commune, d'une rencontre et d'une relation à autrui » (Berthoud 1991 : 151-152). On aura reconnu là sous la plume de Berthoud, une thèse identique à celle que je développe ici aux chapitres 1 et 3 en tant que problématique de l'objectivation des faits économiques.

C'est donc à Polanyi que revient lemérite d'avoir à nouveau attiré l'attention sur la théorie économique d'Aristote telle que celui-ci l'exprime, non dans les Économiques (dont la paternité est d'ailleurs douteuse) mais dans sa Politique et dans son Éthique à Nicomaque 1. Selon l'historien hongrois, deux dimensions sont déterminantes dans la conception de l'échange économique chez Aristote : 1° le statut réciproque des deux parties...
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