Economiemusulmane

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  • Publié le : 10 février 2010
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APPORTS NOUVEAUX DE LA PENSEE ECONOMIQUE DE L'ISLAM (DU VIIIème AU XVème SIECLE)
Malgré les efforts entrepris par quelques auteurs depuis les années mille neuf cent soixante, la pensée économique de l’Islam demeure encore de nos jours relativement, pour ne pas dire largement, méconnue. Dans son « Histoire de l’analyse économique » J.A. Schumpeter écrit : « Pour ce qui concerne notre sujet, nouspouvons sans crainte franchir d’un bond cinq cents ans, jusqu’à l’époque de Saint Thomas D’Aquin (1225-1274) » 1 . Par ces quelques mots le grand économiste autrichien effaçait d’un trait de plume cinq siècles, et même plus, de pensée économique en Islam. Forts de la notoriété de Schumpeter, la plupart des historiens de la pensée économique allait malheureusement lui emboîter le pas. Quellesraisons ont bien pu pousser tant d’auteurs à laisser dans l’ombre un tel pan d’histoire de la pensée ? Il est difficile d’invoquer un défaut de transmission dans le temps et dans l’espace du savoir de l’Islam. La transmission de la culture arabo-islamique à l’Occident Chrétien est un fait aujourd’hui bien établi. Est-ce alors la non scientificité de la pensée économique de l’Islam qui peut justifiercet oubli dont elle est la victime ? Il est vrai que la pensée économique de l’Islam, ne relève pas de la science économique au sens auquel on a l’habitude de l’entendre aujourd’hui, c’est-à-dire d’une science autonome par rapport aux autres sciences et également par rapport aux idéologies, doctrines, systèmes politiques ou philosophiques. La pensée islamique est indissociable de la théologie, del’histoire et de la philosophie de l’histoire. Mais la pensée grecque est aussi intimement liée à la philosophie, et la pensée scolastique du Moyen Age est également indissociable de la théologie. Or ces périodes de la pensée économique pré-scientifique figurent en bonne place dans la plupart des manuels d’histoire de la pensée économique, y compris dans l’ouvrage de J.A. Schumpeter. Il n’en est pasde même pour la pensée économique de l’Islam ! L’argument de non scientificité ne pouvant être décemment avancé, il ne reste que le manque d’originalité de la pensée arabo-musulmane pour justifier son absence (ou presque) des manuels. Héritiers des Grecs, les arabes n’auraient donc pas fait fructifier l’héritage. Dès lors pourquoi s’y attarder ? L’apport de l’Islam à l’économie s’est fait en troistemps : redécouverte et traduction des textes grecs, puis adaptation et islamisation de la pensée hellène, et enfin, dépassement par des apports nouveaux. Seuls quelques exemples illustrant ce dernier point seront repris ici : le cas des finances publiques, le cas des cycles économiques et le cas de la monnaie et des prix. LES FINANCES PUBLIQUES Plusieurs problèmes seront abordés par les auteursarabo-musulmans : ceux de l’impact des recettes fiscales, puis du rôle des dépenses publiques et du déficit public. "Trop d’impôt tue l’impôt" (déjà !) Dès le VIIIe siècle, Al-Muqaffa (720-756/757) dénonce l’oppression fiscale dont sont victimes les paysans. L’agriculture n’est peut-être pas une source de richesse comparable au commerce maritime, mais elle n’en demeure pas moins encore le principalfondement de l’économie en ce siècle. Il est donc vital que l’Etat préserve cette activité de toute atteinte nuisible au développement de sa production. Abu Yousuf, Al-Dimashqî (IXe-XIIe ?) et Miskawayh (932-1030) ne disent pas autre chose. Ce dernier décrit les multiples effets externes négatifs dus aux paysans qui abandonnent la terre et observe qu’avec la diminution du surplus agricole, leproduit de l’impôt déjà en baisse ne parvient même plus au pouvoir central. De même Al-Mawardi (974-1058) recommande de ne pas tuer la matière imposable. Al-Turtûshi (1059-1126) préconise la nécessité d’imposer chacun selon
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J.A. Schumpeter, Histoire de l’analyse économique, nrf. Gallimard, 1983, p. 115.

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sa capacité contributive. Ibn Khaldûn (1332-1406) plaide également dans ce...
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