Ecrit d'invention : lettre argumentative d'un écrivain à un autre - l'indicible de certaines expériences

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  • Publié le : 8 avril 2011
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GAUTIER Victor 1LC
FRANCAIS – pour le 10/01

Mon vieil ami,

Tu t'en douteras, cette lettre n'est pas de ces lettres qu'on survole en souriant, à demi-intéressé par quelque bavardage ou plaisanterie -que nous avons pourtant l'habitude d'échanger. Son contenu à mon sens mérite ton intérêt ; ainsi je te prierai de me lire attentivement, et peut-être que mes efforts porteront leurs fruits, teramèneront à la raison.
Tu m'as dit dans ta dernière lettre que tu décidais finalement de ne pas faire part de ton histoire, que tu ne comptais plus, comme tu me le disais il y a si peu pourtant, raconter ces évènements qui ont marqué ton existence, ton être.
Je ne peux te laisser renoncer. Tous ces mots qui ne demandent qu'à sortir, s'écouler lentement, transmettre leur savoir à autrui ; je nepeux te laisser empêcher cela.
Et pourquoi ? Effectivement, dans cette lettre que tu m'écrivais, tu m'as confié tes doutes... Tu disais que ton vécu n'intéresserait pas, qu'il était trop personnel pour pouvoir atteindre les lecteurs, et que son écriture remuait trop de souvenirs douloureux, que tu préférais refouler, oublier. Tu disais que tu craignais de mal retranscrire les faits, de ne pasfaire honneur à l'importance de la chose ; que réussir à trouver les mots pour décrire tes sentiments comme il se doit était impossible. Tu disais que tu avais peur de ne pas être pris au sérieux ; j'ai senti que cela t'effrayait vraiment : peut-être que cette histoire étant trop importante à tes yeux, tu n'aurais pas supporté qu'on la considère à sa juste valeur, qu'on ne l'aborde pas comme tul'abordes toi-même. Tu disais qu'après tant d'oeuvres portant sur des réalités historiques, la tienne se serait en quelque sorte perdue dans la masse du banal récit autobiographique et passe inaperçue. Tu disais ta crainte de perdre la valeur que tu y portes en la partageant, que finalement, tout cela t'éloignerait de la crue vérité de ces évènements.

Je constate surtout que la peur, plus qu'autrechose, t'aveugle de ce que tu devrais, de ce que tu dois t'obliger de faire. Trop d'angoisses bloquent ta plume, brouillent tes pensées ; cette peur que tu as en toi te corrompt et te guide vers la facilité de ne rien faire, de tout simplement laisser passer les choses.
Je dis facilité, mais je me fourvoie moi-même : j'ose affirmer que tu as comme moi à de nombreuses reprises ressenti cettefluidité dans l'écriture, quand des heures passent sans qu'aucune fatigue ou lassitude t'étreigne, à écrire, écrire, écrire. Quand tu sens que tu ne dois pas t'arrêter, ou tu perdrais ton authenticité et cette fascinante spontanéité dans la rédaction. Nous avons beau connaître notre métier, mon ami, mais je sais que, comme moi, cette sensation te surprend encore de temps à autre, et tu ne sais jamais lacontrôler. Elle peut disparaître des semaines, tant que tu crains l'avoir perdue, et d'un seul coup elle est là, s'imposant à toi et t'obligeant à écrire à nouveau, et tu sais que ton travail sera une vraie création, pleine de talent.

En ce qui me concerne, tu sais que j'ai eu l'occasion de parler à mes lecteurs des expériences douloureuses que j'ai vécu ; j'y repense toujours avec unecertaine boule dans la gorge, qui m'empoigne violemment. Mais formuler de façon concrète tous ce fouillis d'impressions, de ressentis, d'émotions, l'ordonner m'a procuré un véritable soulagement, m'a libéré d'un poids terrible, si bien qu'aujourd'hui, bien que cela m'émeut encore, mes souvenirs et ainsi ma parole sont plus fluides. Il m'arrive même de me surprendre à trouver cela presque agréable ;peut-être ai-je finalement bénéficié de cette profonde peine qui me détruisait. Parfois je ressens même le besoin d'y penser, de débattre avec moi-même sur l'importance ou la pertinence de tel ou tel souvenir, sur la véracité d'un sentiment, d'une impression.
Une autre facette de ce « besoin » d'écrire s'est également imposée à moi quand j'ai décidé de commencer mon récit : relater nos expériences...
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