Edward said

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  • Publié le : 27 mai 2009
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Edward Saïd, le spectateur exilé

dward Saïd a été l'un des intellectuels les plus connus et les plus influents du monde. Auteur d'une vingtaine de livres, il semblait mener plusieurs vies à la fois. Critique littéraire à ses débuts, dans la veine de Georg Lukacs et d'Erich Auerbach, il devait sa notoriété à des travaux sur les identités culturelles et la rencontre des cultures, lesnationalismes et les impérialismes. Il était aussi l'une des voix les plus écoutées en faveur de la cause palestinienne, mais veillait à ce que sa défense se fasse "en prenant pleinement en compte le peuple juif et ses souffrances, des persécutions au génocide".


Il se passionnait aussi pour la musique, et se réclamait autant du philosophe allemand Theodor Adorno que du pianiste canadien Glenn Gould.Il était un travailleur infatigable, à la curiosité insatiable, dont la vie semble n'avoir connu aucun moment de répit.
Saïd est né en 1935 à Jérusalem ; il a grandi au Caire, où il a étudié dans un collège britannique. Parti aux Etats-Unis à l'âge de 16 ans, il est passé ensuite par les universités d'élite de Princeton et Harvard, avant d'enseigner, à partir de 1963, à Columbia (New York), où ilest resté jusqu'à la fin de sa vie. Au cours de ses premières années là-bas, il semble se fondre dans le moule américain ; c'est la guerre israélo-arabe de 1967 qui se charge de lui rappeler son appartenance originelle et le pousse à chercher un équilibre entre les deux versants de son être, moyen-oriental et occidental.
Il y parviendra à partir d'un livre publié en 1978, L'Orientalisme, sonpremier grand succès (traduit en trente-six langues, réédité en version augmentée au Seuil en 2005), un ouvrage consacré au discours qu'écrivains, savants et politiciens occidentaux tiennent habituellement sur "l'Orient".
Un nouvel événement survient en 1991, quand Saïd découvre qu'il est atteint d'une leucémie chronique. La maladie l'oblige à renoncer à ses activités directement politiques etl'incite à se pencher sur sa propre existence : il fait plusieurs voyages en Palestine et en Israël et, surtout, écrit une remarquable autobiographie, A contre-voie (Le Livre de poche, 2003), qui lui permet de donner forme et sens aux dix-huit premières années de sa vie.
Jusqu'à sa mort, en 2003, il reste toujours aussi actif, voire encore plus qu'avant. En collaboration avec Daniel Barenboim, il créel'orchestre israélo-arabe, Le Diwan occidental-oriental ; il continue d'écrire, sur l'humanisme, la musique, le style tardif des artistes.
Réflexions sur l'exil est le dernier recueil d'essais publié par Saïd lui-même (l'original date de 2000) et c'est, avec L'Orientalisme et A contre-voie, l'un des sommets de son oeuvre. Il y réunit une cinquantaine d'essais, rédigés entre 1967 et 1999. Lecourt essai est la forme d'expression qu'il chérit le plus, et cet ensemble permet d'embrasser d'un seul regard ses multiples centres d'intérêts, de la critique littéraire à l'autobiographie, en passant par l'orientalisme, la théorie critique, la culture égyptienne, la Palestine ou la musique. Les quatre ou cinq derniers essais du volume, particulièrement denses, poursuivent une réflexion sur l'exil,entamée plus tôt ; joints à l'ultime préface de L'Orientalisme, ils constituent une sorte de testament spirituel.
"RETOUR IMPOSSIBLE"
Très tôt dans la vie, Saïd s'aperçoit qu'il est affublé d'une "identité des plus incertaines : un Palestinien scolarisé en Egypte, avec un prénom anglais, un passeport américain". C'est ce qui fait sans doute qu'à la fin de ses études supérieures il n'éprouveaucune tentation de rentrer "chez lui" (cela n'existe pas) et comprend vite "qu'un retour ou un rapatriement intégral est impossible".
Il apprend donc à articuler les deux parties fort dissemblables de son être et finit par se reconnaître dans la figure de l'intellectuel en diaspora, habitant une ville cosmopolite comme New York ; il n'ignore évidemment pas qu'en cela il suit l'exemple de nombreux...
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