Eluard la vie immediate

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  • Publié le : 15 décembre 2009
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Eluard et la femme :
Du haut de cet observatoire passionnel que constitue son univers littéraire, le poète voudrait faire de sa création une éternelle déclaration d’amour, une offrande lyrique adressée à la femme. Une à une, les femmes naissent à l’appel de leur nom dans les différents recueils qui leur sont consacrés et qui fonctionnent comme des lieux d’ivresse. Mais, puisque l’ordre dulangage ne saurait se superposer à celui du réel, Eluard, qui échoue à dire l’amour et à représenter la femme, se résout finalement à valoriser l’amour des mots.
A travers ces pages, il s’agira de lire « l’échec » de la représentation de la femme comme la condition de possibilité d’un « recentrement » de la poésie qui dévie ses fonctions référentielles vers elle-même en s’orientant vers lacélébration des puissances du langage.
La vision masculine de la femme est généralement informée par deux tendances : un courant mystique issu des rêves d’amour chevaleresque et un courant misogyne, satirique et agressif. D’un côté, la Vierge rédemptrice et, de l’autre, la putain rouge de l’Apocalypse. Éluard privilégie la première tendance en la laïcisant au moyen d’une forme. En adoptant l’esprit dutexte biblique, il affirme une mystique de l’unité et proclame que deux égale un car, dans son univers poétique, le couple est la forme première de l’homme.
Dans l’absolu, la rêverie poétique sur le couple se pose sous la forme d’une fonction (être ensemble) munie d’un aspect duratif (pour toujours). Eluard exprime la mécanique verbale du désir, raconte l’amour sur tous les modes et ravive le rêved’or et d’azur. Sa poésie est un hymne permanent à la femme.
Avec une liberté d’allure, une fraîcheur, une facilité et une simplicité qui ne sont qu’à lui, Eluard célèbre la femme. Poète de l’amour, de la sympathie et du bonheur, il ne recule devant aucun moyen et se plaît à exposer sans pudeur ses sentiments.
La femme est fondamentale dans la création littéraire de Paul Eluard dont labiographie se confond, au moins en partie avec les événements majeurs que sont la séparation avec Gala (1930), la mort brutale de Nusch (1946) et la rencontre avec Dominique (1949). La femme est une cathédrale que le poète sacralise et vénère littéralement. En utilisant le « merveilleux sexuel », le cérémonial de la représentation devient souvent un rituel qui expose la géographie du corps féminin avecses rondeurs, ses creux et ses courbes harmonieuses. Dans la rêverie d’Eluard, la femme devient muse, « principe de vie, interlocutrice idéale ». Et l’amour que chante le poète vise à vaincre une distance afin de retrouver l’Autre aux portes de l’Instant : « Si c’était à recommencer, je te rencontrerai sans te chercher ».
Les signes littéraires fonctionnent comme la métaphore d’un portrait. Et,de cette représentation, l’écriture se veut à la fois la copie et le commentaire. La femme constitue un modèle qui force le respect et l’admiration. Cette fascination que l’écriture a située aux frontières de l’authenticité et de la fausseté de la réalité et de la fiction, crée et entretient le leurre d’une signification littéraire. Mais l’idéalisation de la relation avec la femme est jumelée àune théâtralisation dont le poète présente les diverses phases : rencontre, séparation, recherche, solitude...
Douloureusement vécue, la séparation permet pourtant de sublimer l’amour en lui donnant des accents immortels. Poète de toute éternité, Eluard regrette ainsi le départ de la femme :
La séparation est nécessaire ; elle permet au poète de revenir à une solitude fondamentale et à uneapothéose narcissique :
Arrivé à ce point de l’analyse, il faut dire que la parole poétique d’Eluard semble pivoter sur elle-même. Désormais, dans cette apothéose narcissique, le poète est face à lui-même. La femme fonctionne comme un prétexte et les mots d’amour que prononce le poète traduisent un amour des mots. L’amour tend à se superposer au langage, comme le montre le titre du recueil...
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