Emile zola

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  • Publié le : 17 juin 2010
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Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, díune obscurité et díune épaisseur díencre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit,à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il níavait la sensation de líimmense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges commesur une mer, glacées díavoir balayé des lieues de marais et de terres nues. Aucune ombre díarbre ne tachait le ciel, le pavé se déroulait avec la rectitude díune jetée, au milieu de líembrun aveuglantdes ténèbres.
Líhomme était parti de Marchiennes vers deux heures. Il marchait díun pas allongé, grelottant sous le coton aminci de sa veste et de son pantalon de velours. Un petit paquet, noué dansun mouchoir à carreaux, le gênait beaucoup; et il le serrait contre ses flancs, tantôt díun coude, tantôt de líautre, pour glisser au fond de ses poches les deux mains à la fois, des mains gourdes queles lanières du vent díest faisaient saigner. Une seule idée occupait sa tête vide díouvrier sans travail et sans gîte, líespoir que le froid serait moins vif après le lever du jour. Depuis une heure,il avançait ainsi, lorsque sur la gauche à deux kilomètres de Montsou, il aperçut des feux rouges, trois brasiers brûlant au plein air, et comme suspendus. Díabord, il hésita, pris de crainte; puis,il ne put résister au besoin douloureux de se chauffer un instant les mains.
Un chemin creux síenfonçait. Tout disparut. Líhomme avait à droite une palissade, quelque mur de grosses planches fermantune voie ferrée; tandis quíun talus díherbe síélevait à gauche, surmonté de pignons confus, díune vision de village aux toitures basses et uniformes. Il fit environ deux cents pas. Brusquement, à uncoude du chemin, les feux reparurent près de lui, sans quíil comprît davantage comment ils brûlaient si haut dans le ciel mort, pareil à des lunes fumeuses. Mais, au ras du sol, un autre spectacle...
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