En quel sens peut-on parler de conscience collective ?

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  • Publié le : 15 avril 2010
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On doit à Auguste Comte l’introduction du terme de sociologie. Il a été le premier à concevoir la possibilité d’une science sociale et à vouloir montrer que l’on peut se représenter les faits sociaux comme spécifiques et irréductibles à d’autres types de faits, comme ceux qui relèvent de la physique ou de la biologie. C’est ensuite à Émile Durkheim que l’on doit la formulation des premierséléments d’une méthode de la sociologie. Le concept de « société », une fois posé dans les sciences humaines, a pris ensuite une importance de plus en plus considérable. En fait, c’est le mot qui est devenu un objet, au point que l’on a fini par penser que « la société » est une sorte d’entité qui existe, dont on peut parler à part, indépendamment des individus. De la même manière, on a finit par réifieren psychanalyse un concept, sous la forme d’une entité appelée « l’inconscient », indépendamment de la conscience, et en linguistique, il en a été de même avec « la langue » posée indépendamment de la parole en linguistique.

Mais la « société » est-ce que cela existe vraiment ? Si je tombe en panne sur l’autoroute, ce n’est pas la « société » qui vient me porter secours, ce sont deshommes, des personnes. Pas « la société ». Si j’enfreins une règle du code de la route, ce n’est pas « la société » qui me verbalise, mais une personne, un gendarme chargé de veiller au respect du code. De la même manière, un parlement est composé d’un ensemble de personnes, et il en va de même pour une association, une institution et un État. Nous pourrions dire qu’en un sens, seule la personne estréelle, le reste, les superconcepts totalisants d’« État », de « société », de «culture », de « langue », d'« inconscient », ne sont des êtres de raison. Nous aurions bien tort de nous en remettre à des mots, même quand ils sont majusculés par la science, en oubliant les individus vivants, car la demeure de la vie et la responsabilité de l’existence se tient seulement dans l’individu, dans son être dechair, l’être humain.

De quel droit sommes-nous donc autorisé à considérer la société comme une entité réelle ? Il faudrait pour cela que la notion de société s’impose, au sens où le Tout est plus que la somme des parties. Donc que la conscience collective soit plus que la somme des consciences individuelles. Et c’est là que se situe la difficulté. On comprend très bien cette idée enbiologie, car effectivement, le vivant est toujours une totalité. Mais est-il possible de justifier l’idée selon laquelle la société fonctionnerait comme un tout ? En quel sens pouvons-nous parler de conscience collective ?

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A. La définition de la sociologie

La sociologie, comme l’histoire, est une discipline dont les contours ne sont pas faciles à préciser et se noient dans lalittérature en général, sous la forme de l’essai. Selon l’historien W. Lepenies dans La Troisième Culture : la sociologie entre la science et la littérature, la sociologie se situe en constante hésitation entre le travail littéraire de rédaction d’essais à caractère journalistique et l’ambition de constituer un savoir à l’égal des autres sciences.

1) Il est vrai que d’un côté l’on peut ranger dansla catégorie « sociologie » un peu tout et n’importe quoi de ce qui sort sur les rayons des libraires. Il suffit que l’on y repère un « phénomène social ». Ce sont les média qui baptisent l’essayiste qui produit une recherche originale comme étant un « sociologue ». Le premier ouvrage d’importance du genre a été celui de Gustave Le Bon, La psychologie des foules. La publication d’un travail surle cinéma, sur la mort, L’homme et la mort a propulsé Edgar Morin au rang des sociologues. L’élaboration du concept de postmodernité dans L’ère du vide et un travail sur les phénomènes de mode dans L’empire de l’éphémère, ont donné à G. Lipovesky une réputation de sociologue. Devant ces travaux qui relèvent en fait de l’essai, les critiques littéraires sont embarrassés, ils ne savent pas...
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