En quoi donc consiste la sagesse humaine ou la route du vrai bonheur ?

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  • Publié le : 4 mars 2010
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Introduction : « L’homme libre ne veut que ce qu’il peut, et fait ce qui lui plaît1 ». La philosophie est souvent définie comme la recherche ou l’amour de la sagesse. Elle n’est pas simplement un savoir portant sur un des aspects de la réalité ou de l’être mais s’efforce aussi de répondre à la question du sens même à donner à notre existence. La question par laquelle ce passage débute exprimedirectement ce souci. Vivre… soit, mais comment vivre bien, vivre heureux ? Le texte s’ouvre sur cette question et s’efforce de concilier les deux points de vue communément admis et considérés sur ce point comme antithétiques : le renoncement à ses désir et la volonté de mettre toutes ses facultés au service de leur satisfaction, de les étendre aux limites du possible pour réaliser nos désirs, ycompris ceux qu’on estime, en l’état, impossibles à combler. Entre le désengagement et la recherche effrénée de l’assouvissement, il y a place pour une sagesse raisonnable qui s’efforce d’équilibrer nos désirs et nos moyens d’y satisfaire, volonté et puissance. Ce passage est extrait d’un ouvrage consacré à l’éducation. Rousseau se propose de décrire comment élever un enfant, Emile, de le conduirejusqu’à l’adolescence et l’âge adulte de façon à ce qu’il ne présente pas les défauts propres aux hommes de son temps : impatience, désir de dominer, amour-propre démesuré et en même temps besoin du (et sujétion au) jugement et aux désirs des autres. Il est déjà difficile de reconnaître que nous ne sommes pas heureux. Comment vivre sans que l’existence soit une souffrance perpétuelle par notre proprefaute ou parce que nous subissons les conséquences d’une éducation traumatisante et culpabilisante ? Nous pouvons facilement admettre que cette question se pose à tout individu qui a au moins une fois vécu l’expérience amère de la déception, du désenchantement et de l’accablement. Comment parvenir à cet ordre, cette paix intérieure qui nous dispenseraient des désillusions habituelles et nousdélivreraient de nos passions comme de celles des autres. C’est cet état qui peut en effet être défini comme sagesse. Est-elle à notre portée ? Commentaire : Ce sont les conditions mêmes de notre existence, notre expérience de la douleur, de la souffrance, du divorce entre nos aspirations, nos désirs et leur satisfaction, qui nous incitent à rechercher le moyen de nous en délivrer, de cesser d’être lejouet des circonstances, de devenir maître de soi et d’atteindre un état où on ne souffre plus de telles frustrations. Adultes, nous devons cesser de nous comporter comme des enfants mal éduqués. Un enfant
1 Rousseau, Julie ou La Nouvelle Héloïse (1761) 6e partie, lettre VIII.
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est souvent incapable de bien distinguer, quand il désire quelque chose que les adultes lui refusent, ce que ce refusdoit à leur volonté ou aux circonstances, entre ce qu’ils ne veulent pas et ce qu’ils ne peuvent pas faire. C’est pourquoi il ne faut pas habituer les enfants à se soumettre aux désirs des adultes. Ne pas dire « Fais ceci pour moi ». Ce chantage affectif est la matrice de tout désir de domination. Lorsqu’on lui refuse quelque chose, il doit comprendre que s’il n’obtient pas ce qu’il désire, cen’est pas parce que d’autres lui opposent leurs désirs (et donc qu’il suffirait qu’ils changent d’avis), mais parce que ce désir ne peut pas se réaliser. A la volonté des hommes il faut substituer la force des choses. De cette façon, il cesse de vouloir sans raison, de désirer l’impossible et de souffrir de ne pas l’obtenir. Des désirs mal gouvernés occasionnent des souffrances, nous rendent à la foismisérables et tyranniques. Quand on se sent esclave de la volonté des autres et non de l’ordre naturel qui est le même pour tous, on devient capricieux et instable. En même temps, nous nous imaginons que la satisfaction de ces désirs produits par la dépendance aux autres nous rendra heureux. C’est une illusion. Il existe un faux bonheur auquel, ici, Rousseau a l’ambition de substituer le...
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