Entainent intensif surentrainement

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  • Publié le : 6 juin 2010
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L’ENTRAÎNEMENT SPORTIF ET SES EFFICACITÉS MEURTRIÈRES * Selon une étude réalisée en 1985-1986 et portant sur 1043 sportifs victimes d’un accident, traumatismes francs ou microtraumatismes, lors de leur pratique sportive (football, rugby, tennis, athlétisme, cyclisme), 51% des lésions se produisent à l’entraînement. Un pourcentage qui atteint 74% chez les sportifs de haut niveau. Ainsi, chezcette population à risques, « 2 fois sur 3 l’accident survient à l’entraînement » ! 1 Ces blessures, hors des compétitions proprement dites, vont de la « banale » tendinite jusqu’à l’accident meurtrier. Ainsi, en mars 1987, au cours d’une séance de préparation, la skieuse canadienne Liisa Savijarvii chute, se fracture la colonne vertébrale, la tête du tibia et s’arrache les ligaments du genou droit !(Libération du 13.03.1987). Ces conséquences négatives, ces effets contre-productifs 2 sont directement liés à l’intensification et à la radicalisation des méthodes d’entraînement, expression d’une constante montée des enjeux sportifs. Surconsommations et sollicitations outrancières de l’organisme, accumulation de stress et de microtraumatismes, extrêmisation des situations d’entraînement seconjuguent pour user, fragiliser et vieillir prématurément les organismes et les psychismes. Les dégradations organiques irréversibles, la casse immédiate ou larvée s’accentuent car elles sont le fruit d’une entreprise sportive cannibale 3. Cette collection croissante d’ « effets de mort », de « performances macabres » (Ivan Illich), qui résulte directement de la préparation précompétitive permet,de comprendre le fonctionnement structurel du sport de compétition et d’épingler deux de ses principes directeurs : a) lutte féroce et perpétuellement inachevée contre la finitude du corps, sa dégénérescence, et son incomplétude. Le corps est appréhendé comme enveloppe à développer, à muscler, à modeler. L’entraînement fonctionne comme « outil pour écrire le corps », selon l’expression de Michelde Certeau 4 ou comme un « instrument de l’amaigrissement » 5, technique de mise en forme du corps. Les chairs non-fonctionnelles, celles qui nuisent au rendement sportif, doivent être transformées en densités performantes, en viandes productrices de records. L’entraînement est ainsi une perpétuelle machine à dégraisser, à recycler le flasque en tonique, à majorer des forces avec discernement,débarrassant le corps de tout superflu. b) croyance en la possibilité de majorer indéfiniment les possibilités physiques, par une exploitation rationnelle, systématique, scientifique. Ambition d’un progrès illimité du corps. Dans la pratique sportive, le corps est fantasmé comme capable de prodiges, comme corps à faire basculer vers des performances inimaginables, insoupçonnées, extrêmes. Le corps dusportif devient alors un appareil hyper sophistiqué à exploiter systématiquement pour de l’exploit, du sensationnel, du phénoménal ! « Le sportif de compétition [devient] un homme à prothèses [...] jusque dans son organisme, fonctionnalisé à tout prix (l’entraînement, la forme); tout entier mobilisé en tant que force, énergie motrice, carburant et désir d’une production de performances. » 6
1– Dr Noëlli De Luna, « Sport de haut niveau : deux fois sur trois l’accident survient à l’entraînement », Le Quotidien du Médecin, n° 4199, 7 décembre1988, p. 15. 2 – Cf. Jean-Marie Brohm, « La iatrogenèse sportive. Contre-productivité et effets pathogènes de la compétition sportive intensive », in Jean-Pierre De Mondenard et Quel Corps ?, Drogues et dopages, Paris, Éditions Chiron, 1987. 3 –Cf. Quel Corps ?, n° 41 (« Anthropophagie du sport »), avril 1991. 4 – Cf. Michel De Certeau, « Des outils pour écrire le corps », Traverses, n° 14-15, avril 1979, p. 3-14. 5 – Mario Bensasson, idem, p. 176-183. 6 – Michel Guillou, « Le corps et l’appareil », idem.

L’importance des dégâts directement imputables aux effets de l’entraînement s’explique à la fois par une intensification et un...
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