Entretien avec l´archiviste du centre pompidou

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Entretien avec Jean-Philippe Bonilli, archiviste du service
d’archives du Centre Pompidou (mai 2008).

Quelle est ton expérience concernant la sensibilisation dans le cadre des versements
du personnel du Centre Pompidou ?

Ici, la sensibilisation c’est la base de tout, chose que je n’avais pas intégrée, que l’on ne
m’avait pas apprise lors de mes études en archivistique. Sans lasensibilisation il est
évident que l’on a que peu de retour en archives contemporaines. Les archives ça ne va
de soi, nous ne sommes pas attendus. Ce n’est pas comme en Archives
Départementales.

Mais les AD doivent également sensibiliser, sinon il n’y a pas de versements. Non ?

Tout à fait, mais l’énorme différence c’est qu’en AD tu as une grosse machine derrière
toi, avec une image, avec desfonds qui sont parfois assez anciens, des fonds
patrimoniaux qui ont forcément un poids dans une institution. Le Centre Pompidou a
trente ans, nous sommes très jeune à l’échelle des archives. Les fonds conservés ici sont
perçus comme « utilitaires » pour les agents, quoique les choses changent avec le temps
car le fonds que tu traites sur la création du Centre Pompidou est un fonds à vocationpatrimoniale qui est de plus en plus consulté par les chercheurs. La sensibilisation c’est
la base mais il ne faut pas la faire n’importe comment. Avant tout, il faut s’adapter à son
public et à son « client ». Ici, nous sommes dans un établissement public à vocation
culturelle. Ce n’est pas la loi sur les archives qu’il faut utiliser pour vendre l’enjeu qu’est
l’archivage. Il faut montrer auxpersonnes que l’on sensibilise comment cela va leur être
utile. Les personnes dont le coeur de métier est la procédure comprennent cela
rapidement. Quand quelqu’un a environ 200 dossiers de personnels il comprend tout de
suite qu’en versant il va gagner de la place dans son bureau. Tout de suite, il va faire
l’effort avec toi concernant l’archivage, si tu lui expliques et si tu l’aides.Effectivement
ces gens nous les sensibilisons avec la loi et l’aspect technique des archives. Ce que l’on
a fait avec ces personnes procédurières a marché et cela continue. On repasse un peu de
temps en temps mais ça marche.
Par contre il y a dans cette institution tout un pan de l’activité qui est représenté par les
producteurs des expositions. Là nous avons affaire à ce que l’on appelle des «culturels »
qui sont des attachés de conservation, des assistantes d’expositions, qui sont là pour
collecter des informations et monter des expositions, et le fer de lance qui est le
conservateur. Ces personnes du patrimoine devraient être sensibilisées à la valeur
patrimoniale de l’archive, et bien elles ne le sont pas. Ce sont les personnes avec
lesquelles on a le plus de difficultés pourobtenir des versements parce qu’ils
considèrent que les archives qu’ils produisent sont leur propriété. Exemple typique : un
conservateur, pour organiser une exposition, a une correspondance avec un artiste, un
artiste qui peut être connu comme Raynaud par exemple. Ce conservateur va considérer
que c’est « sa » correspondance personnelle avec l’artiste, malgré l’entête du musée sur
ses lettres. Ily a donc une énorme difficulté à sensibiliser cette personne, tu dois dire à
cette personne : « mais non c’est de la correspondance administrative produite dans le
cadre de votre fonction, vous vous devez de la verser ». Le second problème avec ces
personnes c’est l’état des dossiers. Autant les dossiers d’une personne de la DRH et de la
DJF vont être structurés de par l’aspect procédurier dumétier, autant un « culturel »
c’est un bazar incommensurable ! Tu vas avoir une thématique sur un dossier, au
mieux ! Les fonds des conservateurs c’est une catastrophe. L’ambiguïté c’est que tu as
affaire à la cheville ouvrière de l’institution, c’est eux qui produisent les manifestations.
Les chercheurs que nous recevons consultent principalement ces dossiers-là. La
sensibilisation...
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