Epicure l'absence de troubles

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  • Publié le : 18 mai 2010
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Cum ante oculos / vita humana alors que, devant ses yeux, la vie humaine
foede jaceret in terris gisait lamentablement sur terre
opressa sub gravi religione écrasée sous le poids de la religion
quae caput ostendebat qui montrait sa tête
a caeli regionibus depuis les régions du ciel
instant mortalibus super menaçant les mortels du dessus
horribili aspectu, de son horrible aspect,
primumgraius homo pour la première fois, un homme, un grec
ausus est tollere mortales oculus contra, osa lever ses yeux de mortel contre elle,
primusque obsistere contra ; et le premier se dresser contre elle ;
quem neque fama deum nec fulmina et lui, ni les fables sur les dieux, ni les éclairs
nec caelum minitanti murmure compressit, ni la foudre avec son grondement menaçant ne l’arrêtèrent,
sed eomagis irritat acrem animi virtutem, mais excitèrent d’autant plus l’ardeur de son courage,
ut cupiret primus ecfringere arta claustra qu’il désira le premier briser les verrous
naturae portarum. des portes de la nature.
ergo vivida vis animi pervicit ainsi la force de son esprit triompha complètement
et processit longe et il s’est avancé au-delà
extra flammantia moenia mundi des barrièresenflammées du monde
atque peragravit omne immensum et il parcourut le tout immense
mente animoque, par son esprit et sa pensée,
unde refert nobis, victor, P’où il nous rapporte, victorieux,
quid possit oriri, quid nequeat, ce qui peut naître, ce qui ne le peut pas,
quanam ratione potestas finita par quelle loi le pouvoir est enfin déterminé
denique cuique sit pour quelle chose
atque alteterminus haerens. et son terme profondément fixé
quare religio subjecta vicissim ainsi la religion renversée à son tour
pedibus obteritur est foulée au pied
nos exaequat victoria caelo. et nous, la victoire nous rend égaux au ciel
Le passage se compose en plusieurs parties : du vers 62 au v. 64, l’on nous décrit la vie humaine écrasée par un monstre, humana montre la grande importance que Lucrèceaccorde à l’humanité; la dimension verticale est soulignée à de nombreuses reprises : l’homme, en bas, est écrasé (« jaceret », « oppressa ») tandis que la religion, perchée sur une hauteur, le domine et le menace d’en haut : « gravi sub religione », « a caeli regionibus », « super », « instans » ; enfin, la religion est présentée comme une sorte de monstre, qui pèse, écrase, menace de sa têtehorrible, entretient tous les hommes par sa terreur… l’on peut songer à une sorte de dragon, ou de méduse ; Baudelaire se souviendra peut-être de cette image dans son poème en prose « Chacun sa chimère [1][1] ».
Puis, alors même que la phrase se poursuit, survient la rupture, avec l’adverbe « primum » : un homme, seul, se dresse devant le monstre, semblable en cela aux héros vainqueurs de monstres,Bellérophon ou Hercule. La composition des vers 66-67 mérite qu’on s’y arrête :
prīmūm /Grāiŭs hŏ/mō //mōr/tālīs /tōllĕrĕ /cōntrā
ēst ŏcŭ/lōs aū/sūs// prī/mūsqu(e) ōb/sīstĕrĕ/ cōntrā ;
Tout d’abord, le strict parallélisme entre les deux vers est marqué par les clausules rigoureusement identiques : même terminaison verbale, mêmeadverbe final, qui d’ailleurs signifie cette opposition. Ensuite, les deux vers sont construits sur les symétries : primum / primus, même coupe penthémimère… Enfin, l’on insiste lourdement sur le caractère purement mortel du héros, qui, contrairement aux demi-dieux tels qu’Hercule ou Bellérophon, est bien réel, purement homme, sans rien de surnaturel : dans le premier vers, « homo » et « mortalis »encadrent la coupe, au prix d’une dissociation hardie entre le nom (« oculos ») et son épithète (« mortalis », forme archaïque de « mortales »). Un rapprochement encore intensifié par les sonorités : la syllabe [mo] se trouve ainsi répétée deux fois. Ce mot « oculos » met l’accent sur l’humanité du héros, les sens jouent un rôle majeure dans la philosophie épicurienne (toute connaissance vient...
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