Errata de g. steiner

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  • Publié le : 10 décembre 2010
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Compte rendu de Errata de George Steiner

Philologue, philosophe, romancier, fellow au Churchill College de l’Université de Cambridge et professeur de littérature comparée à Genève, George Steiner arpente le monde des lettres et des arts avec la foi désolée d’un croyant qui voit son église se déliter sous l’action du temps et les coups des barbares. Né à Paris, d’un père tchèque, financier d’uncertain renom, et d’une mère viennoise, il appartient à la bourgeoise juive, laïque, en exil, incarnant, en son cosmopolitisme, son plurilinguisme, l’univers de la « culture européenne » décrit par Stéphan Zweig dans Le monde d’hier. La Diaspora est son idéal. Sa prière est que le Messie ne vienne jamais ; Jérusalem, toujours présente à sa mémoire et à son cœur, est l’horizon d’une Terre que l’onne peut atteindre. Car il est partout chez lui, le philosophe, où il trouve une table de travail et des livres qui l’attendent.. Mais en disciple de Rachi, il fait la sourde oreille lorsqu’il demande son chemin, pour être bien certain de ne pas trouver la route : sa vocation est d’être errant. Luftmensch, dit-il lui-même, ironiquement: non pas homme de rien mais homme du vent.

Errata seprésente comme une sorte d’autobiographie intellectuelle de George Steiner, le récit de ses erreurs, des errances mais aussi des errements de Paris, à Chicago, de New York ou Yale à Londres. L’auteur procède à une récapitulation, une actualisation des vues, des thèses, des motifs développés dans des essais antérieurs. La pensée est peu systématique, l’anecdote parfois remplace la démonstration, mais elleest rythmée par des leitmotive qui font écho à des écrits, à des dits antérieurs. C’est l’homme d’un certain âge - et d’une notoriété qu’il ne feint pas d’ignorer - qui s’exprime ici : il ne veut pas convaincre mais résumer, répéter, nuancer, repérer dans sa vie intellectuelle, c’est-à-dire sa vie tout entière, quelques lignes de force à destination d’un public élargi, attiré par le parfumétonnant d’un homme qui ne ménage pas l’intelligentsia française, a le goût du paradoxe ou de la provocation et d’une certaine mise en scène de l’acte de penser.

I/ La rencontre et l’expérience

L’œuvre de George Steiner est, d’un premier abord, simple et dénuée du fatras de la théorie théorisante. Elle se présente comme le récit de rencontres, avec des œuvres, avec des hommes, vécues comme autantd’expériences métaphysiques, d’initiations au royaume sacré de la vie de l’esprit. Il serait fastidieux de les résumer, l’art est dans la manière : Homère, Platon, Dante, Shakespeare, Racine, Proust, Kafka, Célan, -ne retenons que quelques noms de la littérature- sont les révélations qui illuminent la vie de George Steiner. Non des lectures, mais des rencontres, des amitiés faites de patience, detraduction, d’apprentissage lent, difficile, de centaines de pages, de vers, qui nourrissent l’esprit, le cœur, la volonté. Les maîtres aussi occupent une place importante. Quelques portraits, pieds en cape, constellent ces mémoires : Léo Strauss initie involontairement l’auteur à la pensée de Heidegger, déclarant, lors de la première séance d’un cours de doctorat qu’il ne sera ici nullementquestion de ce philosophe qui est, par ailleurs, incomparable. Boorsch, officier de cavalerie, sorti de Saumur, professeur de grec à New York, hautain, exigeant et tellement distant. Allen Tate, poète, professeur de littérature à Chicago, convoquant une nuit George Steiner et lui demandant si la Halakha interdit aux juifs de se battre en duel, parce qu’il a l’intention de provoquer un collègue,Shapiro, qu’il ne veut toutefois pas mettre dans la situation de ne pouvoir l’accepter. House, trop tôt disparu, vient une soirée, après l’échec du narrateur à son premier doctorat, le chercher et, soucieux de réparer une injustice, lui propose de travailler sous sa direction, à Oxford. Gershom Scholem, figure centrale de la réflexion théologique juive dont il soupçonne cependant l’agnosticisme,...
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