Eschyle les perses

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  • Publié le : 3 mai 2011
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Le Choeur. Parmi les Perses, on nous appelle les Fidèles. Tandis qu’ils marchent contre la Grèce, nous sommes gardiens de ce riche et superbe palais. C’est à notre expérience que le fils de Darius, Xerxès notre maître, notre roi, a confié le soin de l’empire. Mais quel triste pressentiment! notre âme, intérieurement, s’inquiète sur le retour du roi et de sa brillante armée. L’Asie a vu emmenertoutes ses forces; elle soupire après l’élite de sa jeunesse, et nul messager, nul courrier, n’arrive dans cette capitale de la Perse! Les habitants de Suze et d’Ecbatane, ceux que renfermaient les remparts antiques de Cissie, fantassins, cavaliers, gens de mer (quelle masse énorme d’armée!), tous ont quitté leur patrie. Tels sont partis Amistre, Artaphrènè, Mégabate, Astaspe, princes des Perses,rois soumis au grand roi, chefs d’une troupe nombreuse; adroits à tirer de rarc, à manier les chevaux, redoutables à l’aspect, terribles dans les combats, d’un courage insurmontable. Tels sont partis Artembare, ce vaillant chef de cavalerie, Masistre, Imée, cet habile archer, Pharandace et Sosthane, qui dompte si bien les coursiers. D’autres sont venus des féconds rivages du Nil. Tels Susiscane,Pégastagon, que l’Egypte a vu naître, le grand Arsame, qui commandait dans la ville sacrée de Memphis, Ariomarde, gouverneur de l’antique Thèbes. Des marais égyptiens, sont venus des rameurs excellents, innombrables; à la suite du roi , ont marché les efféminés Lydiens; et tous les peuples du continent soumis au satrape Mitragathe, au vertueux Arctée. L’opulente Sardes a vu sortir de son sein desmilliers d’hommes, portés sur des chars à double et triple joug, dont la vue seule fait frémir. Les habitants du mont sacré de Tmole, Mardon et Tharybis, ces guerriers infatigables, et leurs Mysiens armés de javelots, se vantaient que bientôt la Grèce esclave ploierait sous leur joug. La riche Babylone a envoyé des troupes de toute espèce; des matelots, des archers fiers de leur adresse. A l’ordremenaçant de leur roi, toutes ront suivi; ainsi avons-nous vu partir la jeunesse florissante des Perses. La terre qui l’a nourrie, la regrette et la pleure. Les mères et les épouses comptent, en tremblant, les jours d’une trop longue absence.
L’armée royale, cette armée qui renverse tous les remparts, est déjà passée dans le continent voisin. Sur ses navires liés avec des câbles, elle a traversé ledétroit de la fille d’Athamas : un pont indissoluble s’est étendu sur la face des mers; elles ont subi le joug.
Digne rejeton d’une race auguste, mortel égal aux dieux, le belliqueux souverain de la féconde Asie, plein de confiance dans la valeur de ses sujets courageux, conduit en Europe, et par terre et par mer, tout cet immense troupeau.
Tel qu’un dragon homicide, il jette des regardsétincelants. Armé d’un million de bras, suivi de mille vaisseaux, poussant tous les chars de Syrie, il mène, contre un peuple fameux par sa lance, des guerriers redoutables par leurs flèches.
Nul, ce semble, ne devrait attendre ce flot énorme indomptable de soldats, nulle digue ne devrait arrêter ce torrent indomptable. Le Perse est vaillant, rien ne lui résiste.
Mais qui, d’entre les hommes, évitera lepiège trompeur de la fortune? qui s’en débarrassera d’un pied léger, d’un élan facile? Caressante, à l’abord, et flatteuse, elle attire les humains dans un filet dont nul mortel ne peut se dégager.
La volonté du ciel depuis longtemps s’est manifestée. Il anime les Perses aux assauts des tours, aux mêlées tumultueuses des coursiers, à la destruction des villes.
Ils ont envisagé la vaste plaine desmers, écumant sous le souffle des vents; et ont commis des peuples à de faibles câbles, à de frêles machines.
A cette idée, mon âme remplie de deuil est déchirée par la crainte. Oh! malheureuse armée des Perses! que jamais cette ville immense, Suze, ville de défenseurs, n’apprenne à proférer ces mots!
Oh ! malheureuse armée des Perses! que jamais les murs Cissiens n’aient à répondre à ce...
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