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Dossier : Ecole : l'inégalité des chances ?

Dossier publié le 18.12.06 par « Le Monde »

« Egalité des chances" : l'expression a été utilisée la première fois par Jean-Pierre Chevènement en 1986. Depuis, ses successeurs à la tête du ministère de l'éducation parlent tous d'école plus juste, plus mixte et plus égalitaire. Pure utopie ? ZEP, carte scolaire, collège unique et réformespédagogiques ont été mis en place. Résultat : peut mieux faire car l'école crée ses propres inégalités, comme l'ont cristallisé les émeutes des banlieues en 2005 et le mouvement anti-CPE en 2006. Dans la perspective de la présidentielle en 2007, l'éducation est un thème prioritaire de campagne à droite comme à gauche. Mais pour faire quoi ? Réformer le système en profondeur ou le maintenir avec plus demoyens ?

"Egalité des chances, une expression, un principe et une loi"

Egalité des chances, une expression, un principe et une loi
Publié le 01.12.06 | 15h12

L'égalité des chances... Des mots qui circulent d'un gouvernement à l'autre, qui passent d'une école à l'autre, tel le titre d'une récitation apprise par cœur par l'ensemble des acteurs scolaires. Mais de quoi parle-t-on ?

L'égalitédes chances, c'est une expression. Elle apparaît pour la première fois dans un discours de Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l'éducation, le 7 février 1986. Depuis, tous ses successeurs s'approprient la formule, l'école devant assurer l'égalité des chances pour tous les élèves.
L'égalité des chances, c'est aussi un principe. L'école républicaine, obligatoire et gratuite doit assurerl'égalité entre les citoyens. La France, comme le rappelle le sociologue François Dubet, est attachée à l'idée de justice. La tradition républicaine et anti-aristocratique repose sur le principe selon lequel la seule manière de produire des inégalités acceptables, c'est de construire une compétition qui permettrait de dégager une autre hiérarchie sociale, s'opposant ainsi aux hiérarchies tenant àl'héritage et au passé. Pour les père fondateurs de la République, l'école s'est substituée à l'Eglise dans sa capacité à transmettre des valeurs et des principes, dans sa capacité à former les citoyens. L'école, c'est la République, et la République, c'est l'école.

Les années 1960 ont marqué un tournant. Avant, le système scolaire répondait aux exigences de l'Etat républicain. Le modèle scolaireparvenait à redistribuer les connaissances pour tous ceux qui avaient accès au savoir. Après, la France a changé de registre. Tous les élèves, riches ou pauvres, sont allés dans la même école. Dans ce nouveau système, la règle de l'égalité des chances a impliqué que tous les élèves munis de leur bâton de maréchal dans le cartable ont eu la possibilité de réussir. La compétition s'est démocratisée,l'école s'est "massifiée" en même temps que le système n'est plus parvenu à surmonter ses propres contradictions devenues sources d'inégalités. Certaines voix, comme celles des sociologues Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, se sont élevées pour montrer que l'école ne faisait que répéter les inégalités sociales. Pour eux, le système scolaire constituait le "meilleur allié du conservatisme socialet politique" (Les Héritiers, Editions de Minuit, 1964).

UN DEVOIR URGENT DE CHANGEMENT

Quarante ans après, les inégalités scolaires se sont accrues en France, à l'image des mutations économiques, facteurs de disparités en tout genre. De réforme en réforme, le système scolaire est devenu une institution en état grippal permanent. Le modèle scolaire républicain marche tellement à plein régimequ'il est en surchauffe constante et ne peut donc plus faire face aux pressions extérieures – qu'elles soient politiques, économiques, sociales, culturelles ou religieuses. L'école n'est plus un sanctuaire mais devient un buvard ; un buvard dont les auréoles sont le reflet de ses propres contradictions mais aussi celles de la société. Elle absorbe en quelque sorte les inégalités qui...
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