Est-ce raisonnable d'aimer?

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  • Publié le : 10 février 2010
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Est-il raisonnable d’aimer ?

A première vue, et au nom de l’amour véritable et du désir de passion qui nous anime, aimer représenterait un acte si grandiose qu’il serait alors au-delà de toutes limites, limites qui caractérisent la raison. Aussi la question de la présence du raisonnable dans l’amour surprend dès l’abord et l’on s’insurge devant une telle audace : que diable la raisonviendrait-elle faire là où apparemment tout n'est affaire que de sentiments, d'émotions, d’élans frisant parfois l’oubli de soi ? Comment oser vulgariser ainsi le sentiment si noble, parce qu’unique et atypique, en le qualifiant de raisonnable ? Seulement, immédiatement, le point de vue devient discutable puisque le fait même de se poser une telle question injecte une dose de rationalité dans l’acted’aimer du fait de l’interrogation qu’il suscite. Et après tout, le verbe aimer représente un tel panel de sentiments qu’il en est bien quelques uns qui font appel à cette raison caractéristique à l’homme. Quelle est donc l'essence de l'acte d’amour : une affection pathologique irrationnelle pouvant parfois tendre vers une douce folie ou bien une collaboration inévitable du cœur et de l’esprit ?Si la question nous paraît offensante dans un premier temps et que nous lui tournons le dos en une moue méprisante et résolue, enfant boudeur, il ne nous faut pas longtemps pour regarder en arrière et reconsidérer la chose, ce même enfant saisissant l’extravagance de sa réaction et faisant timidement, mais sûrement, machine arrière. Pour en venir à découvrir que la raison, plus qu’une collègue, esten effet cette amie qu’elle prétend être, une amie qui nous veut - qui nous fait - du bien.

Cette question est tout d’abord perçue comme insidieuse, perfide. Parce que la raison se sent faible face à l’amour, elle tenterait d’y apposer son sceau à tout prix, ici en nous posant (en nous imposant ?) la question qui résonne et qui bute contre les parois de l’esprit sans rien trouver pours’arrêter. La raison ne pourrait-elle pas se taire un instant, petite orgueilleuse assoiffée de contrôle, et laisser à l’amour tout ce qu’il a de déraisonnable sans essayer de le restreindre en l’enfermant entre ses murs rigides et froids ? On rejette cette question car on la trouve absurde ; on a l’impression, comme l’a remarqué Corneille, qu’amour et raison sont ennemis jurés, parce que l’amourserait l’antitype même de la raison, et ce à plusieurs égards.
L’amour est vu comme étant dénué de raison par essence. Un désir qui précède tout, qui peut nous pousser aux pires crimes, à franchir des limites considérées moralement infranchissables. L’interdit engendre l’amour ; il suffit parfois que la notion d’interdit soit invoquée pour qu’elle crée ce désir d’ « avoir » ce qui nous est interdit,désir caché sous le nom d’amour (tel est le cas de Roméo et Juliette, enfants de deux familles connues pour se haïr et se livrer une guerre sans merci.). Ces amours peuvent parfois même se révéler totalement immorales, telles que l’inceste, ou la pédophilie ; et comment la raison pourrait-elle cautionner de telles horreurs ? L’amour, parce qu’il est reconnu qu’il nous fait perdre conscience duterrestre, nous débarrasse de toute culpabilité. Ne punit-on pas moins sévèrement le crime jugé passionnel ? Les circonstances sont alors qualifiées d’ « atténuantes ». L’amour, connu pour être aveugle, « atténuerait » donc notre responsabilité, nous excusant de tout écart. Ainsi, on nous donne le droit de ne pas être raisonnable, voire parfois même de verser dans l’immoralité. Cettedéculpabilisation liée à l’amour nous rassure dans notre conviction que l’amour n’est ni contrôlé, ni contrôlable, par aucune autre force qui soit. Il se génère seul, grandit seul, et meurt seul, sans possibilité d’altérer son cours.
L’amour, par définition - semblerait-il-, en bon représentant du Sentiment, surgit en nous à notre insu et souvent à notre corps défendant (l’exemple des amours immorales est...
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