Esthetique de lapoesie

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  • Publié le : 22 mars 2011
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Leçon 103. Esthétique de la poésie

Depuis le début de notre scolarité, nous avons appris et récité des poésies ! L’exercice était parfois fastidieux et difficile pour l’enfant que nous étions. Nous n’avions pas vraiment d’appréciation esthétique du poème. Ce qui importait c’était la déclamation devant un parterre d’admirateurs. Les parents n’étaient pas non plus très sensible autexte, car ils venaient écouter l’enfant plus que le texte. Nous avons grandi au milieu de ces étranges objets de langage qu’étaient les poèmes. Mais savions nous ce qui fait qu’un texte devient poème ?

Adolescent, nous avons exprimé nos désirs, nos larmes, notre amour dans des poèmes et le poème était une voix pour donner corps à nos attentes, donner corps à nos rancœurs, nos refus, nosrévoltes, jusqu’au jour où chacun d'entre nous est rentré dans le monde du travail. On devient quelqu'un de sérieux - ce qui veut dire qui vit le rapport au langage sur un mode empirique - et on oublie cet étrange voix de la poésie, pour entrer dans le monde du langage pratique qui n’a que faire de la création de la parole.

Tout au long de cette histoire des mots, avons nous compris ce qu’étaitla poésie ? Est-ce une affaire sérieuse ? Est-ce une affaire tout court ? En quel sens est-elle un art ? Et qu’est-ce que la poésie ?

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A. Le langage comme matière

Le poète travaille sur un matériau qui semble a priori bien ingrat, le langage. Les mots dans leur usage empirique sont comme la monnaie que l’on se passe de main en main, qui s’use et à laquelle on ne prête guèred’attention. La monnaie n’est qu’un intermédiaire de l’échange. Les mots sont usés par le bavardage, usé dans la communication, usés pas la boulimie de paroles des média, usés par le discours commercial, la rhétorique politique, enrégimentés dans le discours scientifique. Alors comment pourrait-il y avoir une « autre » parole, une parole poétique ?

1) La frontière entre la prose ordinaire et lapoésie est ténue. Un document administratif est écrit dans langage strict dans son usage, sans fioriture. Froid et glacial est le règlement intérieur, à moins que le caprice d’un employé n’y glisse, comme par mégarde, une jolie tournure. Ce qui se remarque immédiatement. Nous disons, « c’est bien dit », « c’est joliment exprimé ». Un instant, le langage empirique a été suspendu et s’est éclairé commed’une lueur de beauté de la forme. Nous sommes comme arrêtés et notre attention s’est déplacée depuis l’objet technique vers l’expression esthétique. Nous dirons alors que l’expression a du style. Le style c’est la manière très personnelle qu’a une personne d’investir la langue en lui donnant une forme expressive. Bien sûr il y a le style des écrivains. Le style de Giono n’est pas du tout lestyle de Saint-Exupéry qui est très différent du style de Proust. Giono a le don de la métaphore brillante et puissante. Saint-Exupéry cisèle son expression dans une intimité retenue dans la pudeur. Proust invite au retour sur l’intimité et respire dans une phrase longue, chargée de détail. Le style c’est la manière de l’écrivain, la touche reconnaissable d’un artiste. C’est un peu comme sur unepartition : une vingtaine de mesures et l’esthète reconnaît que c’est du Bach, cela doit être du Mozart on reconnaît le style. De même, une page écrite signe son auteur : c’est du Proust, c’est visiblement du Céline ou du Gide. Comme le grand peintre, le grand écrivain trouve son style et s’épanouit dans une forme qui est la sienne. Le basculement de la prose vers le style peut se produire partout, dèsqu’il y a un souci de perfection de la forme. La rigueur académique un peu sèche de Kant ne laisse que peu de place à marque d’un style d’écrivain. Par contre, la phrase ample, souple, balancée de Bergson est immédiatement la marque d’un style et d’un beau style. Ce n’est pas un hasard si on lui a offert un prix Nobel de littérature. Le philosophe n’est pas obligé par profession de se tenir...
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