Etat moderne

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 21 (5166 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 21 décembre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
« L’État moderne », de sa constitution entre le XVIe et le XVIIIe siècles jusqu’à la mondialisation et à la crise des États

1. LES CONFLITS INTERIEURS ET INTERNATIONAUX IMPLIQUANT LES MONARCHIES EUROPEENNES PRECIPITENT LA FORMATION DE L’ETAT NATIONAL MODERNE SUR LES DECOMBRES DE LA CHRETIENTE MEDIEVALE. LA PHILOSOPHIE POLITIQUE, A PARTIR DE MACHIAVEL OU DE HOBBES, PREND ACTE DE CETTETRANSFORMATION.

1.1. La genèse du concept moderne d’État accompagne la naissance d’une entité politique nouvelle, entre la fin du Moyen Âge et la Révolution française.
Le type de pouvoir qu’il est convenu d’appeler « l’État moderne », et qui s’oppose nettement aux monarchies traditionnelles de l’Europe médiévale, est apparu progressivement et s’est consolidé du XVIe au XVIIIe siècle, si bien que l’Étatmonarchique de Louis XVI possède une légitimité et des structures fort différentes de celui de François Ier. À bien des égards, les actuels États-nations de l’Europe occidentale sont encore les héritiers de cette mutation fondamentale, qui ne s’est produite que bien plus tard sur les autres continents, souvent, du reste, à la suite de fortes influences européennes. Cette mutation a été pensée etmenée à bien par des philosophes politiques et des gouvernants de premier plan, généralement dénués de scrupules, mais parfois doués d’une grande subtilité, qui ont réussi à imposer un raisonnement et une pratique fondée sur la « raison d’État ». Parmi les principales figures, on citera le cardinal de Richelieu, Mazarin, Louis XIV, Frédéric II de Prusse, et, chez les penseurs, Machiavel en Italieet Hobbes en Angleterre.

L’État, en tant que communauté politique rassemblant des gouvernés sous une même autorité, existe certes depuis l’Antiquité. Néanmoins, l’État moderne est qualitativement différent des formes politiques qui l’ont précédé. Il exprime l’aspiration à un pouvoir rationnel, organisé, dans un cadre géographique limité par l’existence d’autres États de même nature à sesfrontières. En même temps, il est à lui-même sa propre finalité : il est beaucoup moins tributaire d’une légitimation religieuse que ne l’étaient les monarchies chrétiennes médiévales, les monarchies du monde musulman ou même les empires chinois ou japonais de la même période. Ce qui est essentiel aux yeux des théoriciens et des dirigeants de cet État, c’est sa capacité à faire régner l’ordre sur sonterritoire, à garantir à ses ressortissants une sécurité minimale pour leur personne et leurs biens, à assurer enfin dans l’ordre international sa souveraineté et sa puissance à l’encontre des ambitions des autres États. Il se distingue ainsi clairement de l’idéal des monarchies universelles incarné par l’Empire romain au faîte de sa puissance, mais aussi par son successeur chrétien le Saint-Empireromain germanique. L’idéal religieux, le rêve d’un ordre à la fois moral et universel s’estompent devant la notion de l’intérêt particulier du royaume dont on est issu et dont le monarque doit assurer la cohésion contre toutes les tendances centrifuges qui menacent son autorité, en particulier depuis les guerres de religion du XVIe siècle. De manière significative c’est alors qu’apparaissent leterme même d’« État », ainsi qu’une conception de sa nature et de sa place dans la société qui ne sont pas très éloignées des nôtres – même si la notion d’une autorité démocratique en est absente à l’origine. Les périodes précédentes utilisaient le mot latin de res publica (la « chose publique »). On est passé progressivement de l’expression status rei publicae (« la situation des affaires publiques») au concept de status tout court (correspondant à celui d’État en français, de state en anglais et de stato en italien). Par exemple, Thomas More, chancelier du roi Henri VIII avant d’être condamné à mort par lui pour avoir refusé d’abjurer le catholicisme, a écrit son ouvrage politique majeur, l’Utopie, en latin (il sera traduit en anglais après sa mort). Or, d’après son titre, cette Utopie...
tracking img