Etonnant, ce v

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  • Publié le : 30 juillet 2010
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Étonnants, ces voyageurs!
Par Jean Venel Casséus

Chère lecteurs/lectrices, après plus de sept mois d’absence, me voici de retour. Il fallait laisser couler le temps, après le 12 janvier. Cette date qui nous impose le devoir de vivre autrement, d’être autrement… parler littérature autrement. Sept moi après mon dernier texte posté, me revoici dans un exercice de réalité-fictionpour saluer la mémoire d’une foule qu’est partie sans nous dire au revoir, avec le 12 janvier.

A la mémoire de :

Jeff, Lissa, Jimmy et Samantha

Sorry! Je n’ai plus d’histoire à te conter. J’ai la mémoire coincée parmi cette foule dédiée aux fosses communes qu’il ne te fallait pas voir. Et mon cœur, ma passion, mon amour, ma sensibilité et mes rêves les plus fous s’en vont avecelle. Je dois donc te quitter. Ici, franchement, plus rien n’est sûr. Même pas de mourir un jour. Ca se peut qu’on soit gaspillé, mais pas mourir. Gaspiller comme cette foule qui s’en va sans son droit de nous regarder. De nous dire adieu. Cette foule qu’on va basculer comme des grains de sable. Cette foule qui enfin ne sera plus foule mais n’importe quoi.

Je sais. Partir est toujours triste,mon enfant, sauf quand on est gaspillé. Gaspiller comme cette foule. Mais je dois le faire. Toi, petite, au contraire, il faut que tu restes. Reste là ! en sachant qu’aujourd’hui tu n’es plus une petite fille. On est grande fille, pas par le nombre de jour qu’on a vécu mais, par la somme des choses qu’on a pu voir, entendre ou vivre. La durée importe peu. Toi, 35 secondes te suffisent pour êtregrande. Celles-là qui t’ont enlevées ta mère, ton père, tes trois frères, tes deux sœurs, ta maison et qui te laissent estropier ce jour de tes douze ans. Elles t’ont aussi grandie. A ton insu. Mais quand même. Et quand on est grande fille, même estropiée, on ne l’est pas pour en rien faire. On l’est pour amalgamer à son sens, à son goût et à son rythme ses rires, ses pleurs, ses chagrins, sajoie. Toutes ces émotions qui nous tuent et qui nous rendent éternels.

Je dois te laisser car je n’ai pas de mémoire pour faire des histoires à une grande fille ayant, maintenant, sa propre histoire. C’est décider. Je pars. Mais tu ne seras pas seule, parce qu’ici nous sommes une manifestation de gens seuls. Seul pour cette foule qui s’en va avec le camionneur du SMCRS. Seul, chacun pour soi.Seul, parce qu’on est tous des victimes. Victimes de ce voyageur qu’était passé te voir avec sa main pleine de rivière à offrir à tes yeux. A nos yeux.

Moi, mon manteau, ma canne, mon chapeau et ma pipe nous serons cinq aventuriers solitaires à prendre la route. Sans mot-dire. Sans se souvenir qu’un croisement de regard engendre toujours de fortes sensations. Une grande envie d’être.

Unjour, comme toi, mon enfant, j’avais fait la rencontre d’un voyageur au visage gentil et calme. Il nous invitait, moi et mon pays, à le suivre. Gentil voyageur, où veux-tu nous emmener ? lui disais-je, la voix toute innocente. Au pays des merveilles, avait-il répondu. On pourra voir Alice ? Oui, Alice est bien là-bas. J’avais à peu près ton âge. et mon pays ? Il était trop souffrant pour ne pasêtre un enfant. Naïfs, on s’était laissé aller. Le gentil voyageur portait des lunettes qui explicitaient d’avantage sa maturité. Sa voix était si douce que ses mots émergeaient à peine de son miel. On l’appelait papa, par affectivité, ou doc pour lui donner son rang tout naturellement. On faisait la route le cœur gai, derrière le gentil voyageur. Mais plus qu’on avançait sur la route, plus que legentil voyageur se métamorphosait en méchant voyageur, jusqu’à faire de nous des otages. des prisonniers. Des kidnappés. Le méchant voyageur n’était seul quand il était venu nous voir, moi et mon pays. Il avait une bande invisible qui l’accompagnait. C’est d’elle qu’il tenait sa force et c’est de lui qu’elle tirait tout son pouvoir. Ils étaient interdépendants.

Trompés de bonne foi, on se...
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