Etude de germinal

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  • Publié le : 6 juin 2009
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2.- LE ROMAN ZOLIEN, ECRITURE DU SOCIAL
Tout roman zolien est écriture d'une crise et il prend toujours l'histoire qu'il va raconter (c'est le principe de la tragédie classique), au plus près du déclenchement de la crise. Ce qui permet, des effets de concentration maximum des effets dramatiques. mais la crise chez Zola, est une crise double : c'est une crise au sein de l'individu - c'est unecrise au sein du social.
Crise au sein de l'individu : voilà pourquoi Etienne Lantier est un personnage parfaitement zolien, puisque d'une part, il devient le prophète de mineurs et d'autre part, il est sourdement menacé par son hérédité alcoolique. D'où des comportements déviants, d'où des actes fous, d'où des pulsions de meurtre. le personnage zolien est intéressant parce qu'il a une fêlure, maiscette fêlure vient de son hérédité alcoolique. Le frère d'Etienne Lantier, sachant très bien qu'il a une hérédité alcoolique chargée, il ne touche jamais à une goutte d'alccol ; cela ne l'empêche pas de tuer dans une crise de folie, il est hanté parce qu'il est capable, parce qu'il se sait capable de faire, en raison de cette folie congénitale. Donc vous allez avoir la conjonction de cette crisede l'individu qui attend toujours, dans les romans de Zola, pour se manifester, et de la crise sociale qui est cette fois la fêlure du corps social. C'est la grande tendance du XIXème siècle. Dès lors que le roman français, disons pour faire vite, depuis Balzac, a pris à son compte l'ambition de rendre compte de la totalité d'une société, il l'a fait, non pas uniquement dans des intentionsdescriptives, énumératives, statistiques, il l'a fait aussi pour rendre compte d'une déstabilisation dont les origines variables sont très souvent rapportées à la révolution française. même dans des romans où il n'en est absolument pas question. Tout simplement parce que c'est le référent obligé. Or, de la révolution française, le XIXème siècle, se rend de plus en plus compte qu'elle n'a pas été unévénement fondateur ou terminal, mais un événement fondateur inaugurateur de catastrophes, ou de bouleversements à venir. En conséquence, la société française est sourdement travaillée par des germes de discordes, d'affrontements, de révolutions, de guerres sociales. Ce qui vous explique, que le roman français a mis très longtemps à intégrer le peuple au sens moderne, dans le personnel dramatique. c'estqu'en effet, le peuple menace, le peuple est inconnu, et c'est très difficile de rendre compte du peuple, parce que le peuple est un collectif impalpable ; donc, comment faire pour décrire le peuple ?
La première solution, c'est de rendre compte du peuple, dans ses aspects inquiétants mais pittoresques, c'est-à-dire, le peuple marginalisé que l'on appellerait aujourd'hui, en termes marxistes, "lelumpen-prolétariat", en termes humanitaires, le "quart-monde" ; ça c'est des romans type romans feuilletons, à partir des années 1840 ; exemple : Les mystères de Paris d'Eugène Sue, où le peuple, c'est celui des bouges, des bas-fonds, des cafés borgnes, dans lesquels une humanité crapuleuse, faite de prostituées, d'assassins, de souteneurs, de voleurs à la petite semaine, de déclassés et j'enpasse..., constitue une image déformée, grossissante du peuple, mais "divertissante", à cause de son langage (c'est dans les mystères de Paris que l'on commence à voir pour la première fois l'argot, dans la langue littéraire), divertissante, parce que objet de spectacle, parce que monstre intéressant. Ca va durer très longtemps, et cela se prolonge jusque dans Les misérables : le roman de Hugo (1862)a tout une part qui récupère cette vision du monde de bas-fonds, mais seulement là où l'art du roman à la Eugène Sue est un roman profondément conservateur, - en dépit de ce que Eugène Sue proclame, dans de grands élans, dans ses dîners mondains, avec sa belle chemise à jabot, entre la poire et le fromage ("mais vous savez, je suis socialiste") ; en dépit de ce que dit Eugène Sue, c'est une...
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