Etude de "la statue de sel", d'albert memmi

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  • Publié le : 28 mars 2011
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Dans le cadre de notre étude consacrée aux littératures francophones, nous choisirons de nous intéresser à La statue de sel, premier roman d’Albert Memmi paru en 1953 aux éditions Corrêa de Paris. Cette œuvre, largement autobiographique, retrace le parcours d’un tunisien de famille juive dans les années 1920-1945.

C’est Albert Camus qui fait la préface de La statue de sel, présentantMemmi comme un « écrivain français de Tunisie qui n’est ni français ni tunisien » et à peine juif « puisque, dans un sens, il ne voudrait pas l’être ». Quant au livre, il en résume bien le lourd contenu : « le curieux sujet du livre qui est aujourd’hui offert au public, c’est justement l’impossibilité d’être quoi que ce soit de précis pour un juif tunisien de culture française [1]». Le tonest lancé.
La statue de sel doit son titre à un passage de la Genèse. Dans celui-ci, Dieu fait part à Abraham de sa décision de détruire Sodome et Gomorrhe, lieux qu’il considère pervertis. Loth, le neveu d’Abraham, et sa famille se font entraîner hors de Sodome avant sa destruction par deux anges qui leur ordonnent de ne pas se retourner vers la ville au moment où celle-ci sera réduiteà néant. Mais la femme de Loth transgresse cette interdiction et regarde en arrière. Elle est par conséquent transformée en statue de sel. Le choix de cette référence est on ne peut plus symbolique : il traduit la douleur du regard en arrière, la douleur de la rétrospective.
Car La statue de sel est ce que l’on pourrait appeler une « autobiographie romancée ». On peut aisémentidentifier le personnage central du roman, Alexandre Mordekhaï Benillouche, à Albert Memmi lui-même, et
constater que les évènements retracés dans le livre sont ceux qui ont jalonné la vie de l’auteur. La distance entre
l’auteur et le narrateur ne serait mise que « dans la volonté de mieux réussir le regard sur soi », ne serait qu’un
« meilleur moyen pour dire des vérités insupportables[2] »,selon Tahar Bekri.
C’est donc parallèlement au narrateur fictif qu’est Benillouche, que nous aborderons l’homme qu’est Albert
Memmi, et la quête identitaire qui a été la sienne. Bien sûr le livre auquel nous
avons affaire reste un roman. Nous veillerons donc à ne pas négliger sa part de fiction, et à ne pas tomber dans le
piège d’une confusion trop grande entre auteur et narrateur.Quelques précisions historiques succinctes, tout d’abord, pour comprendre dans quel contexte naît l’écrivain :
La France, en 1881, est soucieuse de renforcer les frontières de l’Algérie déjà colonisée depuis 1830. Elle envoie donc, cette année là, ses troupes en Tunisie. Elles réussissent à y entrer « sans résistance majeure » et occupent la capitale « en trois semaines,sans combattre [3]». Un protectorat français est, dès lors, rendu officiel. Le bey en place se voit contraint de signer le traité du Bardo, stipulant qu’il confie tous ses pouvoirs dans les domaines des affaires étrangères, de la défense du territoire et de la réforme de l’administration au résident général de France. Des révoltes surgiront quelques mois plus tard, dans quelques régionstunisiennes, mais seront rapidement maîtrisées. Le protectorat est renforcé en 1883, et le bey n’a, à partir de là, plus aucune autorité. La France a donc la main mise sur le gouvernement tunisien.
C’est sous ce régime qu’Albert Memmi voit le jour en 1920, à Tunis. Il décrit sa ville comme cosmopolite au possible…
« Cinq cent pas de promenade et l’on change de civilisation. Voici la villearabe (…), les ruelles juives agitées (…), la petite Sicile (…), les fondouks collectifs des Maltais (…), l’église russe orthodoxe (…), le petit train belge (…), les buildings de la Standard Oil, l’aérodrome et le cimetière américain (…), la Shell Company ou le pétrole anglais, la résidence des ambassadeurs de Sa Majesté britannique, les maisonnettes des rentiers français (…) [4] »....
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