Etude des relations entre les entreprises et les

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ETUDE DES RELATIONS ENTRE LES ENTREPRISES ET LES
ORGANISATIONS DE LA SOCIETE CIVILE AUTOUR DU CONCEPT
DE RESPONSABILITE SOCIALE

Pr J. IGALENS*












Résumé


Après avoir précisé les contours actuels du concept de responsabilité sociale de
l’entreprise tels que les définissent les initiatives internationales et la loi française, l’article
analyseles liens que nouent les entreprises et les Organisations de la Société Civile à
l’occasion de sa mise en œuvre. Ces relations particulièrement complexes se situent à
différentes étapes du processus de la responsabilité sociale de l’entreprise : en amont au
moment du choix des référentiels, lors du déploiement, pendant la phase de contrôle, ou
encore lors d’une association pour unecampagne de communication.
L’article tente alors de montrer que certains de ces liens risquent de détourner les
Organisations de la Société Civile de leur vocation et peuvent paradoxalement desservir la
cause même de la responsabilité sociale.


*
Professeur des Universités, Président de l’Institut international de l’Audit Social, IAE deToulouse et
LIRHE (Laboratoire Interdisciplinaire de Recherches sur les Ressources Humaines et l’Emploi).

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La responsabilité sociale de l’entreprise n’est pas une idée neuve et de plus, cette
idée est loin de faire l’unanimité.
La paternité du concept revient à BOWEN, universitaire américain qui écrivit il y a
un demi-siècle un ouvrage destiné à sensibiliser les hommesd’affaires aux valeurs
« considérées comme désirables dans notre société» (BOWEN, 1953). L’intrusion de
valeurs c’est à dire d’une dimension morale dans les processus économiques et notamment
dans les décisions des chefs d’entreprise a pu passer pour certains comme une véritable
transgression. Pour nombre d’économistes en effet, l’histoire de la science économique est
étroitement liée àun processus d’émancipation de la sphère morale, qui trouve ses racines
chez Locke et Quesnay pour s’achever dans les œuvres de Mandeville ou dans la « main
invisible » d’Adam Smith.
Pour eux, l’entreprise qui respecte les lois se trouve quitte de toute responsabilité sociale et
doit rechercher exclusivement la satisfaction de ses actionnaires ou plus exactement la
maximisation de leurrichesse car l’apparition de l’investissement socialement responsable
(ISR) contribue à « brouiller » quelque peu l’image de l’actionnaire traditionnel (ADEME
et al., 2001).
Le rôle des organisations non gouvernementales parfois appelées associations de solidarité
internationale ou encore Organisations de la Société Civile (OSC) peut d’ailleurs apparaître
complémentaire de celui desentreprises : aux entreprises classiques, la recherche du profit
par l’utilisation de méthodes de gestion adaptées, et aux OSC la prise en charge de grandes
causes écologiques, humanitaires ou du développement des pays pauvres grâce au
bénévolat et à la charité publique.
L’Organisation des Nations Unis dont le secrétaire général a lancé en 1999 un vaste
programme de développement de laresponsabilité sociale des entreprises (Global
Compact) admet ce point de vue en déclarant : « les Organisations de la Société Civile
sont des acteurs primordiaux de la progression des valeurs universelles dans le domaine des
droits de l’homme, de l’environnement et des normes de travail ».
(www.unglobalcompact.org).
Pour quelles raisons ce partage des responsabilités à l’échelle mondialeest-il de
plus en plus remis en en cause ?
L’idée fort répandue selon laquelle l’entreprise classique serait soumise à d’insupportables
pressions pour évoluer et en particulier pour prendre en compte les attentes de nombreux
groupes sociaux et pour leur rendre des comptes n’est pas fausse mais elle n’est pas
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suffisante pour expliquer les relations qui se nouent entre elles et...
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