Etude idea panofsky

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  • Publié le : 4 décembre 2011
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Ide est Idea : sur Idea de Panofsky

J’aimerais entamer cette rubrique consacrée à l’esthétique et à la philosophie de l’art par un ouvrage qui m’a semblé particulièrement génial et qui constitue la Bible de toute étude d’histoire de l’art, il s’agit naturellement d’Idea d’Erwin Panofsky. Quoique rédigé en 1924, il a d’abord paru tardivement à Florence en 1962, puis à Berlin en 1960. Latraduction française date de 1983 (Gallimard). Le texte constitue une sorte de brillante dissertation sur une conférence donnée par Ernst Cassirer, philosophe néo-kantien, consacrée au Beau platonicien.
L’idée phare de cet ouvrage est de conférer à la Beauté une dimension platonicienne, c’est-à-dire métaphysique, de transcendance du sensible ; il y a plus dans le beau que la dimension plastique. C’estlà la percée platonicienne et Panofsky semble reprendre cette thèse à son propre compte sans pour autant éluder les apories platoniciennes.
« C’est Platon qui a conféré au sens et à la valeur métaphysiques de la Beauté des fondements universels, et dont la théorie des Idées a pris pour l’esthétique des arts plastiques une signification toujours croissante ; pourtant, il ne fut pas, pour sa part, enmesure de juger équitablement ces mêmes arts plastiques[1]. »
Platon a su conférer à la Beauté une profondeur métaphysique, mais il n’a pas su concilier cette dimension méta-plastique à la nécessaire incarnation plastique du beau ; il y a un échec chez Platon inhérent au besoin métaphysique et à la nécessité de la chute dans la matière et cette tension constitue, selon nous, le fil directeurd’Idea. Mieux, il y a une « contradiction » entre l’image incarnée et l’idéal qu’elle porte en elle. Nous ne sommes pas chez Aristote, il n’y a pas d’incarnation sensible des Idées, le Beau ne peut se compromettre avec la sensibilité.
Je me permets de noter que Platon rencontre une difficulté similaire dans le langage ; comment concilier l’idéalité de la pensée et la matérialité de la lettre ou del’écriture, voire de la voix ? N’y a-t-il pas compromission inéluctable de l’Idée avec le sensible dès lors qu’elle doit être exprimée ?

Panofsky aborde dans le premier chapitre les conceptions de Cicéron ; pour celui-ci, « la fonction du concept platonicien d’Idée est en fait de démentir la conception platonicienne de l’art[2].» Derrière le paradoxe se cache une objection de fond de Cicéron contrePlaton ; il y a incompatibilité entre la dimension du Beau et sa possibilité artistique ; la beauté plastique ne peut qu’usurper le nom de beauté. Cicéron, pour résoudre l’antinomie platonicienne, va renverser littéralement le platonisme : non seulement il ne s’agit plus de produire du Beau en participant à l’idée du Beau, mais en plus la beauté plastique n’est plus marque de déficience matérielleface à la pureté idéelle. L’artiste doit pouvoir s’affirmer en tant que tel, indépendamment de cela même qu’il vise, il n’est plus tributaire de l’idéalité du Beau, et la beauté artistique acquiert l’autonomie voire l’exclusivité de la production du beau, autonomie de la production qui n’est plus lacunaire face à la pureté de l’Idée. Cicéron opère véritablement une révolution à l’égard de Platon.Pour autant, Cicéron ne nie pas l’Idée platonicienne ; une révolution suppose toujours la préservation de concepts ; seule leur utilisation diffère. Seulement Cicéron associe l’Idée platonicienne à l’esprit du peintre ; l’Idée devient idée immanente à l’esprit artistique ce qui, du même coup, psychologise l’Idée et autonomise l’artiste, qui est à lui-même sa propre norme. Il se joue là unepercée révolutionnaire : l’Idée n’est plus cantonnée dans un monde intelligible, elle est dans l’esprit humain, immanente donc à cela même qui conçoit l’œuvre. Il convient de mesurer la modernité de Cicéron lorsqu’il propose de telles thèses.

Toutefois, la conception cicéronienne se heurte précisément aux apories de la modernité ; « Si cette image intérieure, qui représente l’objet propre...
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