Etude d'une fable : la mort et le bûcheron

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La Fontaine, « La Mort et le Bûcheron »

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Un pauvre Bûcheron, tout couvert de ramée,
Sous le faix du fagot aussi bien que des ans
Gémissant et courbé, marchait à pas pesants,
Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée.
Enfin, n’en pouvant plus d’effort et de douleur,
Il met bas son fagot, il songe à son malheur.
« Quel plaisir a-t-il eu depuis qu’il est au monde ?
Enest-il un plus pauvre en la machine ronde ?
Point de pain quelquefois et jamais de repos. »
Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,
Le créancier et la corvée
Lui font d’un malheureux la peinture achevée.
Il appelle la Mort. Elle vient sans tarder,
Lui demande ce qu’il faut faire.
« C’est, dit-il, afin de m’aider
À recharger ce bois, tu ne tarderas guère. »

Le trépas vient toutguérir;
Mais ne bougeons d’où nous sommes :
Plutôt souffrir que mourir,
C’est la devise des hommes.

Repérages

La présence d’un récit bref au passé avec sa mise en situation descriptive (imparfait) et sa narration (présent de narration), suivie d’une morale (au présent de vérité générale) signale le texte comme un apologue, tandis que la forme versifiée le caractérise plus précisément entant que fable.
La fonction d’un apologue est de plaire et d’instruire. Initialement destiné à l’éducation des enfants, il s’adresse aussi aux adultes avertis. Il amène donc le lecteur à ne pas se contenter de sa morale explicite, généralement simple, voire simpliste (souvent un constat évident ou un conseil) à la portée des enfants, mais de rechercher d’autres significations possibles au récit,accessibles seulement aux adultes. Ce texte étant très court (20 vers), on peut se dire que quasiment chaque mot compte.
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L’aspect plaisant

1 / La brièveté (20 vers)
2 / L’accessibilité : aucun mot difficile.
3 / La variété
— des mètres : alexandrins et octosyllabes dans le récit ; heptasyllabes dans la morale.
— Du système de rimes : embrassées dansles 4 premiers vers, puis suivies (vers 5 à 12), et enfin croisées (vers 13 à 20)
— des tournures syntaxiques :
Phrases affirmatives et interrogatives (interrogation oratoire)
Phrases verbales et nominales (« Point de pain… »)
— des types de texte : description (vers 1 à 4) et récit (vers 5 à 16) 
— des discours rapportés : présence d’un monologue intérieur au discours indirect libre (vers 7à 9) ; d’un passage de discours narrativisé (vers 10 à 12) ; d’un dialogue restitué d’abord au style indirect (vers 14), puis au style direct (vers 15 et 16)
4 / Les effets sonores évocateurs :
« Un pauvre Bûcheron, tout couvert de ramée,
« Sous le faix du fagot aussi bien que des ans
Gémissant et courbé, marchait à pas pesants »
L’accumulation des sifflantes (f ; ch ; s) et deslabiales (p) — allitérations qui suggèrent l’essoufflement, la lassitude, l’épuisement — et des r qui évoquent le souffle rauque, le râle du mourant.
L’assonance des voyelles nasalisées (« un » ; « on » ; « an ») produit un effet de pesanteur lugubre.
5 / L’appel à l’allégorie (personnification d’une abstraction : la Mort) et au symbole : le « fardeau » que le bûcheron veut déposer, c’est biensûr le fagot de bois, mais aussi toute une vie de misère.
6 / La surprise finale : ayant appelé la Mort pour le libérer de sa souffrance, le bûcheron lui demande de l’aider à « recharger ce bois », qui symbolise tout son malheur.
7 / L’absence d’épilogue : la Mort décide-t-elle de l’aider ou de l’emporter ? Le récit reste ouvert, mais le lecteur peut en deviner aisément la fin : le bûcheron estvieux, épuisé physiquement et moralement. Et la Mort est… la mort. Cependant un épilogue n’est nullement nécessaire à la morale de la fable.

Analyse du sens.

Le lexique : les trois premiers mots de la fable sont significatifs
Bûcheron : un homme du peuple, qui vit de son métier, pénible de surcroît —> insistance sur la charge, matérielle comme morale, qui l’écrase (champ lexical...
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