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  • Publié le : 22 août 2010
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Message à la nation du chef de l'État devant le Parlement réuni en congrès, à Brazzaville, le 13 août 2010 Monsieur le président du Congrès, Monsieur le président du Sénat, Mesdames et messieurs les parlementaires, Mes chers compatriotes, En 1960, la France, conformément aux décrets du temps et de l'histoire, décidait de reconnaître à ses anciennes colonies d'Afrique équatoriale et d'Afriqueoccidentale le droit de disposer d'elles-mêmes. C'est dans le cadre de ce mouvement général qu'il y a cinquante ans, notre pays accédait à la souveraineté internationale. Cinquante ans, c'est un âge dérisoire à l'échelle d'un pays. Mais cinquante ans c'est, au-delà du symbole, un repère, un terme significatif qui peut autoriser méditation et réflexion sur le chemin parcouru. Mon message, en cettecirconstance particulière, qui m'oblige à rompre avec la tradition établie, est donc une invitation à une méditation profonde sur les cinquante années de notre indépendance. Le 15 août 1960, le Congo devenait indépendant. Par la volonté de la France, certes, mais aussi et surtout grâce à un contexte historique marqué : - à l'extérieur, par la lutte des peuples du monde pour la liberté, la montée desrevendications humanistes des mouvements intellectuels et socio-religieux, la participation des colonies à la seconde guerre mondiale, les réformes des systèmes coloniaux au lendemain de ce conflit planétaire, la création de l'Onu et des organisations régionales ainsi que l'émergence d'une conscience anticolonialiste d'essence panafricaine ; - à l'intérieur, par l'action des combattants del'affranchissement collectif, figures emblématiques connues ou illustres anonymes de toutes nos terres qui, pendant plus de trois quarts de siècle, ont lutté selon des formes diverses et variées pour que notre pays atteigne et s'installe définitivement sur les rivages de la liberté. À tous ces patriotes, héroïques rebelles et vaillants résistants dont le sacrifice a fait l'âme ardente de notre cher pays,nous réitérons la reconnaissance, l'affection et le respect infinis de la Nation. Nos compatriotes, peu nombreux aujourd'hui, qui ont vécu directement ou indirectement l'événement fondateur que nous commémorons le 15 août de chaque année, peuvent témoigner de ce que ce jour-là, en 1960, c'était partout et pour tous jour d'allégresse, d'exultation et de liesse extrême. Nous étions enfinindépendants. Nous étions libres et maîtres de notre destin. Nous devenions responsables de nos affaires. Notre pays passait désormais entre les mains de ses propres enfants. Mais l'indépendance proclamée ne suffisait pas à régler tous les problèmes. L'euphorie passée, il fallait dès lors organiser la nouvelle cité, donner corps et âme au jeune État. Cela passait entre autres par la concrétisation del'engagement que nous venions de prendre devant la communauté internationale de fonder une nation unie, de construire un État viable dans l'unité, par le travail, pour le progrès de tous.

Mais avec quels moyens ? Avec quelles ressources ? Le legs colonial n'était pas extraordinaire. Ce qui rendait la tâche immense et difficile. Nous héritions d'un territoire de 342.000 km2, peuplé de moins de huitcent mille (800.000) habitants, analphabètes à plus de 80%, caractérisés non pas par la conscience de leur unité et la volonté de vivre ensemble, mais plutôt par le sentiment d'appartenance de chacun à son groupe ethnique, à sa tribu. Le pays était sous-équipé en infrastructures scolaires et de santé. Il était, en dépit de sa vocation de pays de transit, dépourvu de grands axes de communication,hormis le Chemin de fer Congo-Océan. L'élite intellectuelle et universitaire était à l'état de germe. Le personnel politique, malgré un activisme notable, n'était pour l'essentiel qu'un personnel de fortune. L'économie, livrée aux compagnies concessionnaires, ne reposait que sur quelques cultures de rente. C'est dans ces conditions que nous devions forger notre Nation et bâtir notre État. Mûrement...
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