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SEQUENCE 3 : Le Théâtre de l’absurde
Texte 1 : Beckett, En attendant Godot, Acte I, p. 9 à 12

Estragon (renonçant à nouveau). – Rien à faire
Vladimir (s’approchant à petits pas raides, lesjambes écartées). – Je commence à le croire. (Il s’immobilise.). J’ai longtemps résisté à cette pensée, en me disant, Vladimir, sois raisonnable. Tu n’as pas encore tout essayé. Et je reprenais lecombat. (Il se recueille, songeant au combat. A Estragon.) – Alors, te revoilà, toi ?
Estragon. – Tu crois ?
Vladimir. – Je suis content de te revoir. Je te croyais parti pour toujours.
Estragon. – Moiaussi.
Vladimir. – Que faire pour fêter cette réunion ? (Il réfléchit) Lève-toi que je t’embrasse. (Il tend la main à Estragon.)
Estragon (avec irritation). – Tout à l’heure, tout à l’heure.Silence
Vladimir (froissé, froidement). – Peut-on savoir où monsieur a passé la nuit ?
Estragon.- Dans un fossé.
Vladimir (épaté).- Un fossé ! Où ça ?
Estragon (sans geste). –Par là.
Vladimir. – Et on ne t’a pas battu ?
Estragon. – Si… pas trop.
Vladimir. – Toujours les mêmes ?
Estragon. – Les mêmes ? Je ne sais pas.
Silence.
Vladimir. – Quandj’y pense… depuis le temps… je me demande… ce que tu serais devenu… sans moi… (Avec décision.) Tu ne serais plus qu’un petit tas d’ossement à l’heure qu’il est, pas d’erreur.
Estragon (piqué au vif). –Et après ?
Vladimir (accablé). – C’est trop pour un seul homme. (Un temps. Avec vivacité.) D’un autre côté, à quoi bon se décourager à présent, voilà ce que je me dis. Il fallait y penser il y a uneéternité, vers 1900.
Estragon. – Assez. Aide-moi à enlever cette saloperie.
Vladimir. – La main dans la main on se serait jeté en bas de la tour Eiffel, parmi les premiers. On portait beau alors.Maintenant il est trop tard. On ne nous laisserait même pas monter. (Estragon s’acharne sur sa chaussure.) Qu’est-ce que tu fais ?
Estragon. – Je me déchausse. Ça ne t’est jamais arrivé, à toi ?...
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