Europe de moin en moin

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  • Publié le : 22 novembre 2011
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Une Europe de moins en moins européenne

Le sommet de Copenhague, qui a décidé l’élargissement de l’Union de 15 à 25 membres en 2004, a-t-il vraiment consacré les retrouvailles de la Grande Europe avec son histoire et sa géographie ? En apparence seulement, car cette Europe-là se définit de plus en plus comme un simple espace marchand inscrit dans la stratégie impériale des Etats-Unis. Nuln’imagine que les travaux de la Convention présidée par M. Valéry Giscard d’Estaing, et dont les propositions seront rendues publiques au printemps, rompront avec cette logique.

[pic]La construction européenne n’a jamais été l’affaire des seuls Européens. Certes, c’est bien des rangs de leurs élites - penseurs et dirigeants fonctionnant en réseaux - qu’elle a jailli comme objet utopique, comme idéalpolitique à atteindre. Mais sa concrétisation à partir de 1958, sous la forme d’une Communauté économique européenne (CEE), devenue Union européenne (UE) en 1993, a été façonnée par les rapports de forces issus de la seconde guerre mondiale. Au-delà de l’action des Pères fondateurs (appellation qui ne doit pas être réservée aux seuls Monnet et Schuman), elle doit davantage à la volonté desEtats-Unis qu’à celle des peuples d’Europe, pourtant engagés - pour reprendre la formulation des traités successifs, de celui de Rome (1957) à celui de Nice (2000) - dans une « union sans cesse plus étroite ». Les peuples sont, au mieux, restés spectateurs et, jusqu’à ces dernières années (et encore...), nullement acteurs de leur propre intégration dans un ensemble qui, après le Conseil européen deCopenhague des 12 et 13 décembre 2002, comptera vingt-cinq pays et plus de 450 millions d’habitants.
L’aspiration à cette « union sans cesse plus étroite » n’est évidemment pas née dans les bureaux du département d’Etat à Washington dans les années 1940. Sans remonter encore plus loin dans le temps, on en trouve déjà une trace écrite à la Renaissance dans un document, le Tractatus, rédigé en 1464(onze ans après la prise de Constantinople par les Turcs) par le roi de Bohême Podiebrad. Il s’agit alors, face à un Empire ottoman conquérant, de créer une sorte de pacte de non-agression entre les peuples de la chrétienté (d’Orient et d’Occident) avec une juridiction compétente et une sorte de Parlement des Etats membres dont les représentants pourraient siéger cinq ans. On cite aussi souvent leProjet politique du duc de Sully, ministre d’Henri IV, que les Mémoires du duc, seulement publiés en 1788, présentent comme une proposition du Béarnais, après une correspondance avec la reine d’Angleterre Elisabeth Ire. Dans cette filiation, en 1693, le quaker William Penn écrit un essai intitulé Present and Future Peace of Europe. En 1713 et 1717, l’abbé de Saint-Pierre, plénipotentiaire françaisaux conférences qui déboucheront sur les traités d’Utrecht (1713-1715) mettant fin à la guerre de la Succession d’Espagne, propose un Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe et un Projet pour rendre la paix perpétuelle entre souverains chrétiens.
Jean-Jacques Rousseau poursuivit la réflexion de l’abbé de Saint-Pierre dans son Jugement sur la Paix perpétuelle (1782), qui prévoit unefédération ou confédération de princes, mais c’est Emmanuel Kant qui écrira le texte décisif sur cette question : Pour la Paix perpétuelle (1795). Il y avance l’idée que seuls des régimes républicains peuvent garantir la paix, car, « en République, le consentement des citoyens est requis pour faire la guerre ».
Au siècle suivant, les réflexions de Kant seront poursuivies, entre autres, par Claude Henri deSaint-Simon dans un texte, De la réorganisation de la société européenne, destiné aux Parlements de France et d’Angleterre (1814), et qui propose ce que l’on appellerait aujourd’hui un « axe » franco-britannique, sous la forme d’une confédération appelée à s’élargir à d’autres régimes parlementaires, avec, pour coiffer le tout, un Parlement européen servant de moteur à une unification du...
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