"Exemple rarissime "d'une adaptation" semblable et différente, autre et même, même et autre ".

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  • Publié le : 12 février 2009
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Ce qui frappe avant toute chose dans cette adaptation cinématographique de la nouvelle de Maupassant par Jean Renoir c'est la reprise presque exhaustive de tous les éléments présents dans le texte. Il ne s'agit pas là d'une adaptation libre, mais bien d'une reprise fidèle du texte.
Tout d'abord, de manière significative, Jean Renoir respecte le format court de la nouvelle en proposant un courtmétrage de cinquante minutes et non un long métrage. Puis, on peut voir que Jean Renoir conserve la structure d'ensemble de la nouvelle et les principaux éléments de l'intrigue. Ainsi, le récit de Maupassant est organisé en trois parties : un bref préambule, qui correspond au premier paragraphe de la nouvelle, un long développement avec deux moments, l'arrivée et le déjeuner sur l'herbe desparisiens, puis la promenade en yole ; enfin, une chute en deux temps, avec deux ellipses temporelles indiquées par les modalisateurs temporels " Deux mois après ", et "L'année suivante ". Le film reprend, sans préambule, les deux grandes séquences de la nouvelle, respectivement de seize et dix-sept minutes, ponctuées par des fondus au noir : la première évoque l'arrivée des parisiens à la campagne et ledéjeuner sur l'herbe ; la deuxième retrace la promenade amoureuse en yole des deux couples illégitimes. Puis la brutalité de la chute est reprise dans la troisième séquence du film, qui est réduite à trois minutes, ponctuée par un fondu au noir, et qui annonce l'ellipse temporelle par un carton : " Des années ont passé avec des dimanches tristes comme des lundis (...) ".
De manière encore plusévidente, le canevas de l'intrigue et la thématique d'ensemble, comme l'indique bien la similitude des titres sont repris point par point : une famille de quincailliers à Paris se propose de passer une journée à la campagne, ils arrivent sur les bords de la rivière, et décident de s'arrêter pour déjeuner dans le restaurant de M. Poulin - orthographié Poulain dans le film -. Là, la famille varencontrer deux jeunes canotiers, qui vont séduire la mère et la fille, par le truchement d'une balade en yole. Ce moment de bonheur ne sera qu'éphémère : la chute de la nouvelle et le dénouement du film nous présentent la jeune Henriette, malheureuse et mariée au commis de son père.

En ce qui concerne les personnages, on peut là encore noter que Renoir observe une grande fidélité. Il reprend le schémaactantiel de la nouvelle : l'objet de la quête c'est la conquête d'Henriette, le sujet est Henri, les opposants sont M. Dufour et son commis, tandis que les adjuvants sont Mme Dufour et l'autre canotier. Il reprend surtout de manière plus révélatrice le schéma du couple omniprésent dans la nouvelle et le film. L'organisation stable de la famille est bouleversée par l'arrivée impromtu des deuxséducteurs. Les couples légitimes (Mme Dufour et M. Dufour ; Henriette et Anatole) vont se défaire. Dans la première étape on retrouve les deux femmes et les deux hommes formant deux nouveau groupes, puis c'est une nouvelle recomposition avec les deux canotiers. Enfin, à la fin, le couple de raison a gagné et Henri est impuissant à constituer un triangle amoureux. Seule la grand-mère est isolée etdans le film comme dans la nouvelle, on lui donne un partenaire substitut : le chat...
De plus, non content de conserver chaque personnage ébauché par Maupassant, Renoir garde leurs traits les plus caractéristiques : ainsi de Mme Dufour il souligne les formes abondantes largement raillées par Maupassant et repend en les amplifiant les " cris perçants " que l'auteur lui attribue dans la nouvelle lorsde la scène de l'escarpolette. Le " jeune homme aux cheveux jaunes " de Maupassant, désigné métonymiquement par ses cheveux, se voit à l'écran doté d'une tignasse indomptable, qui reprend bien le motif satirique contenu dans cette expression péjorative. Il reprend les motifs de la caricature ébauchés dans la nouvelle où le commis apparaît comme un personnage falot, qui se manifeste par son...
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