Explication de texte : kant le bonheur d'autrui

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  • Publié le : 15 décembre 2010
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Introduction
Demandons aux gens de la rue quel but ils donnent à leur existence, et la réponse sera vraisemblablement homogène: être heureux. C'est ce même but qu'Aristote reconnaissait, et avec lui la pensée antique, à la vie: "quel est de tous les biens réalisables celui qui est le Bien suprême (?) Sur son nom en tout cas, la plupart des hommes sont pratiquement d'accord: c'est le bonheur, audire de la foule aussi bien que des gens cultivés" (Éthique à Nicomaque, 1095a15). Nous avons cependant expérimenté ceci, que l'exigence du bonheur entre parfois en conflit avec une autre exigence: l'exigence morale. C'est ce conflit que Kant souligne et qui lui fait distinguer radicalement bonheur et moralité. Bonheur et moralité sont-ils donc sans lien?
C'est cette question que Kant abordeici. Kant par de l'idée que le devoir nous appelle indépendamment de notre plaisir ou de notre déplaisir. Le devoir s'imposerait en marge du bonheur et lui seul donnerait à nos comportements un sens, celui de la dignité humaine. Comment alors concevoir un lien entre ces deux sources radicalement distinctes de l'action, dont une seule possède une valeur humaine?
Le devoir, selon Kant, ne paie pas.Et en effet, nous avons ce sentiment qu'obéir à des conduites morales par intérêt, ce n'est pas être moral. Être moral, ce serait indépendant de la recherche d'une satisfaction. De plus, nous savons qu'une personne droite peut avoir une vie malheureuse. Le devoir, conclut Kant, ne rend pas heureux et n'a pas à le faire. Cependant, on peut logiquement rechercher un lien entre moralité et bonheur dela façon suivante: être heureux, cela ne pourrait-il pas être un devoir ? Mais dans quelle conditions strictes afin de ne pas tomber dans des contradictions? En fin de compte, ne pouvons-nous pas alors dénoncer à la fois les morales fondées sur le bonheur, et celles qui exigent un rejet ascétique des satisfactions?
Car c'est là le contexte dans lequel se déploie cette question: entre une vie quine viserait qu'à la satisfaction de ses désirs, et un ascétisme monacal qui brimerait systématiquement tout plaisir, n'y a-t-il pas une troisième solution.

Partie - 1
On ne peut nier que l'aspiration au bonheur fasse partie de la condition de l'homme. Nous avons inévitablement des désirs qui visent les plaisirs, et des aversions, qui nous font fuir les déplaisirs. Nous ne sommes pas que"raison pure", dirait-on en termes kantiens, nous sommes aussi un corps avec des expériences empiriques, ses sensations et ses sentiments. Or, si la définition des devoirs, nous le savons, ne doit rien, selon Kant, emprunter aux expériences du corps, la réalisation d'une vie morale concrète devra nécessairement compter avec notre corps, avec l'humain tel qu'il est. C'est-à-dire ?
Notre action estpartagée entre deux sources de motivation: le devoir et la satisfaction du désir. Réaliser la moralité, c'est permettre à chacun de pouvoir toujours trancher en faveur du devoir. Mais une telle capacité est plus celle des anges que celle des hommes. Kant le sait bien, et nous aussi: notre action peut être apparemment morale, mais au fond motivée par la quête d'une satisfaction: le plaisir d'êtrecomplimenté, l'orgueil d'être vu comme "quelqu'un de bien", etc. Enlevons ces motivations souterraines, aurions-nous agit comme nous l'avons fait? Peut être que non. Notre moralité n'était qu'apparente. Il s'agit donc de prendre en compte cette influence puissante du désir de satisfaction sur nous. Mais comment?
Une mauvaise manière serait d'aller dans le sens de la moralité apparente, enrécompensant les bonnes actions. Il ne s'agit pas de trahir l'essence de la moralité: la moralité ne paie pas et n'a pas à le faire, sinon on perd la moralité. Par contre, il est légitime de prendre en compte le désir comme obstacle à la moralité. Traiter le désir comme obstacle, et non comme source de moralité, voilà qui ne contredit pas la moralité. Or qu'observe-t-on? Que l'insatisfaction...
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