Explication de l'incipit des gommes de robbe grillet

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  • Publié le : 11 avril 2011
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Incipit des Gommes, 1957

Fait partie de la section intitulée « prologue » (partie de la pièce qui précède le choeur, inscrit le roman sous le signe du genre dramatique, 1 p.11et 12 « ...noyé dans son halo. »

Publiée en 1953, oeuvre qui s'inscrit dans le mouvement du Nouveau Roman qui rejette le narrateur omniscient, présente des personnages devenus « numéro(s) matricule(s) » et déconstruitl'intrigue en brouillant la chronologie et en instaurant le retour de fragments obsédants.

On peut parler ici d'incipit suspensif (Del Lungo) qui retarde la dramatisation (on ne sait pas qu'il y aura enquête, Wallas n'y est présenté ni Daniel Dupont ou Garinati).

« Dans la pénombre... 6h du matin » : situation qui se situe à l'orée du jour comme du roman, dans l'avant-texte, le pro-logos,le personnage est dans la « pénombre », l'action semble ne pas avoir débutée et cf début du deuxième § « il dort encore »;
passage descriptif avec usage d'articles définis : « la pénombre », « la salle », « le patron », « les tables », « les chaises » comme si le lecteur devait déjà connaître le lieu : une salle de café au mobilier banal présenté dans une accumulation « la table et les chaises,les cendriers, les siphons ».

Le personnage n'est pas nommé, il est définit par rapport à sa fonction « le patron » et cette appellation est populaire;
il « dispose » les différents éléments du mobilier, ce qui implique un certain ordre (ce que confirmera le § 2 qui soulignera les détails du rituel auquel il se livre), il est le machiniste qui installe les différents éléments du décor;enfin le texte est écrit au présent d'énonciation, « il est 6h », ce qui donne une impression de contemporanéité de l'action et qui renvoie une fois de plus au théâtre, l'action va se dérouler sous nos yeux.

Le deuxième paragraphe décrit les faits et gestes du « patron », il agit mécaniquement, cf double négation : « n'a pas besoin de voir clair », « ne sait même pas ce qu'il fait »; lepersonnage est défini comme aveugle et inconscient - ce qui renvoie au personnage d' Oedipe.

De même, il n'est pas maître de ses actes : « de très anciennes lois règlent le détail de ses gestes ». Le personnage semble en proie à une fatalité qui le libère « du flottement des intentions humaines », il va agir parce qu'il « est agi ». La pièce jouée est donc une tragédie et l'action sera liée à laprésence d'une transcendance, d'une puissance qui domine le personnage et sur laquelle il n'a pas de prise.
En effet, la dialectique du destin et de la fatalité est centrale dans ce genre théâtral, de même que la question du temps.
Ici, dès l'incipit, le compte à rebours est enclenché : cf anaphore de « chaque seconde marque » avec une variante nominale « chaque seconde à sa place exacte ».Présence d'une énumération asyndétique : « un pas de côté, ….. », le personnage se livre à une pantomime, un « pur mouvement » dont la gestuelle a été prédéfinie et qui est rythmée par le martèlement des secondes qui passent.
Ce tempo des secondes est accentué par l'usage d'un rythme ternaire, lui-même formé d'hyperboles : « chaque seconde marque, parfaite, égale, sans bavure », ce qui soulignel'uniformité du rythme ainsi créé, sa perfection formelle.
La succession des secondes est martelée, le style devient parataxique : « Trente et un. Trente deux.....Trente sept », l'obsession temporelle est rendue palpable, le temps devient un personnage.

« Bientôt malheureusement le temps ne sera plus le maître » : le narrateur intervient usant d'une prolepse, il annonce la fin du règne dutemps, tout en le regrettant par l'usage de l'adverbe mais aussi de tout un champ lexical de la fausseté, de l'illusion : « cerne d'erreur et de doute », « sournoisement », « inversion », « décalage », « confusion »; ceci peut également rappeler la tragédie dans laquelle les dieux se jouent des hommes de manière oblique; ici toutefois ce sont les choix humains qui créent l'écart, la courbure....
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