Explication rousseau

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  • Publié le : 22 mars 2009
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Quoi qu'en disent les moralistes, l'entendement humain doit beaucoup aux passions,
qui, d'un commun aveu, lui doivent beaucoup aussi. C'est par leur activité que notre
raison se perfectionne; nous ne cherchons à connaître que parce que nous désirons
jouir; et il n'est pas possible de concevoir pourquoi celui qui n'aurait ni désirs ni
craintes se donnerait la peine de raisonner. Les passions àleur tour tirent leur origine
de nos besoins et leur progrès de nos connaissances. Car on ne peut désirer ou craindre
les choses que sur les idées qu'on en peut avoir, ou par la simple impulsion de la
nature; et l'homme sauvage, privé de toute sorte de lumière, n'éprouve que les passions
de cette dernière espèce. Ses désirs ne passent point ses besoins physiques; les seuls
maux qu'il craignesont la douleur et la faim. Je dis la douleur, et non la mort; car
jamais l'animal ne saura ce que c'est que mourir; et la connaissance de la mort et de ses
terreurs est une des premières acquisitions que l'homme ait faites en s'éloignant de la
condition animale. "
Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes
La tradition philosophique occidentale s'estmontrée le plus souvent hostile aux passions, les accablant de tous les maux, notamment d'une irrationalité perverse et dangereuse, et nous gratifiant ainsi de textes plus critiques qu'analytiques à son égard. Rousseau ( 1712-1778 ) se demande au contraire si celles-ci ne nous sont pas bénéfiques et, en bon philosophe des Lumières attentif aux valeurs de la raison, il va même jusqu'à leurattribuer des vertus cognitives.
Dans un passage extrait du Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, Rousseau s'attache à mettre en évidence l'interaction bénéfique entre les passions et l'entendement humain, réhabilitant ainsi les passions.
Une étude attentive des réflexions de Rousseau nous permettra de voir en quoi et jusqu'à quel point sa pensée s'avère êtrenovatrice dans la façon qui est sienne de considérer les passions et de leur reconnaître un intérêt pour le genre humain.
L'interaction bénéfique entre l'entendement et les passions apparaît clairement comme étant le thème du texte de Rousseau.
Le philosophe se demande en effet s'il n'existe pas un apport mutuel entre ces deux dispositions mentales, cherchant ainsi à savoir si l'entendement ( quiregroupe l'ensemble des opérations discursives de l'esprit, en ce qu'il est capable de concevoir, juger et surtout raisonner ) ne doit pas en réalité beaucoup aux passions, et si, réciproquement, les passions ne doivent pas elles mêmes beaucoup à l'entendement.
La thèse de Rousseau est d'une extrême netteté : " l'entendement humain doit beaucoup aux passions, qui, d'un commun aveu, lui doivent beaucoupaussi " ( 1. 1-2 ). Se trouve ainsi expliqué que l'homme soit perfectible.
Rousseau développe son idée sous forme argumentative en commençant par l'énoncer avant de la démontrer point par point. En premier lieu ( 1. 1-2 ), il expose en effet sa thèse, portant sur la dépendance réciproque de entendement et de la passion. Ensuite ( 1. 2 à 5 ), il explicite la première partie de sa thèse,démontrant l'apport des passions à la raison, et reconnaissant par la même aux passions leur aspect positif. Et il explique finalement la seconde composante de sa thèse ( 1. 5 à 13 ), à savoir que les passions doivent beaucoup à l'entendement humain, ce qu'il fait en remontant aux sources de l'humanité par l'évocation de l'homme sauvage ( 1. 8 à 10 ) et par la mise en évidence, à la fin de l'extrait, de cequi différencie fondamentalement l'homme et l'animal ( 1. 10 à 13 ).
Penchons nous sur la première partie de l'extrait, où se trouve énoncée la thèse de Rousseau. Rousseau se démarque d'emblée de la pensée traditionnelle, moralisatrice, qui condamnait unanimement les passions. Pour lui, il est clair que " l'entendement humain doit beaucoup aux passions, qui d'un commun aveu, lui doivent...
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