Explication texte locke

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  • Publié le : 11 décembre 2010
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« Si les législateurs tentent de ravir et de détruire les choses qui appartiennent en propre au peuple, ou de le réduire en esclavage sous un pouvoir arbitraire, alors ils se mettent en état de guerre avec le peuple, qui par conséquent est absous et exempt de toute forme d’obéissance à leur égard et a droit d’user du commun recours que Dieu a destiné pour tous les hommes, contre la force et laviolence. […]

Certes, ces Messieurs peuvent bien estimer que cette thèse ne peut que provoquer des guerres civiles, ou détruire la paix dans le monde et que par conséquent elle ne doit être ni approuvée ni admise. Mais alors, à partir de ce même principe, ils doivent admettre que les honnêtes gens ne doivent pas s’opposer aux voleurs et aux pirates, parce que cela pourrait donner occasion à desdésordres et à des effusions de sang. S’il arrive des malheurs et des désastres dans ces situations, on n’en doit point imputer la faute à ceux qui ne font que défendre leur droit, mais bien à ceux qui envahissent ce qui appartient à leur prochain. »

John Locke, Du gouvernement civil (1690).
L’idée de droits de l’homme, naturels, évidents par eux-mêmes, universels et imprescriptibles, ne datepas seulement de la fin du xviiième siècle. On peut déjà en trouver la trace dans la tragédie de Sophocle, où Antigone, pour enterrer son frère, ose remettre en question la loi de la cité, représentée par Créon, au nom de lois divines, non-écrites.

Est-il cependant légitime de remettre en question l’ordre garanti par les lois, et donc de risquer le désordre et l’anarchie, au nom d’une justicesupérieure ? Autrement dit, la révolte et la résistance sont-elles des droits, des droits plus fondamentaux que ces lois qui garantissent l’ordre dans la cité ? C’est ce problème qu’affronte directement ici Locke, dans un texte, qui inspirera directement les rédacteurs américains de la Déclaration d’indépendance en 1776. Il défend l’idée que l’on peut se révolter au nom du droit naturel, et ilrécuse l’objection selon laquelle ce serait semer les germes de l’anarchie. Comment justifie-t-il sa thèse et quels concepts met-il en œuvre pour cela ?



Pour justifier sa thèse, Locke a recours à recours à une stratégie argumentative en deux temps. Dans une première étape (jusqu’à : « commun recours que Dieu a destiné pour tous les hommes contre la force et la violence »), il s’appuie sur unraisonnement hypothético-déductif. Autrement dit, si une proposition est vraie pour l’ensemble, alors elle est nécessairement vraie pour le sous-ensemble. Concrètement, il semble évident (ensemble) que des lois ne sont justes que si elles respectent les droits naturels fondamentaux. Et inversement : elles sont injustes si elles ne les respectent pas. Si c’est vrai, alors il est également évident(sous-ensemble) qu’il est juste de se révolter contre des lois injustes.

Derrière cet argument, Locke vise une conception conventionnaliste du droit, conception selon laquelle le droit ne correspond pas au respect de normes supérieures (telles que le bien ou le mal), mais a seulement une fonction utilitaire, à savoir garantir l’ordre et la paix dans la société. Autrement dit, alors que pourLocke une loi existante (positive) n’est juste que si elle correspond aux droits naturels, fondamentaux, dont tout homme peut se prévaloir (comme par exemple la liberté de penser, le droit au bonheur...), les conventionnalistes estiment au contraire que le droit n’est qu’une invention humaine pour maintenir l’ordre dans la société. C’est pourquoi Locke appelle ses adversaires les « législateurs »,c’est-à-dire ceux qui font les lois, et qu’il fait référence à Dieu, en tant que garant de droits supérieurs et universels, non relatifs à telle ou telle société.

Ceci étant, Locke a bien conscience de ce que les conventionnalistes pourraient lui objecter : subordonner les lois positives à un droit naturel, c’est courir le risque de l’anarchie : « Certes, ces Messieurs peuvent bien estimer que...
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