Extrait de candide

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  • Publié le : 23 novembre 2009
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– Lecture Analytique de Candide,
Chapitre 19, « le nègre de Surinam »
En approchant de la ville ... en pleurant, il entra dans Surinam »

PREMIER AXE : LA CRUAUTE DES ESCLAVAGISTES, DU CONSTAT A LA DEMONSTRATION

Nous allons montrer que le but du philosophe est de dénoncer l’esclavage dans un premier temps en restant objectif, c’est-à-dire en montrant plus qu’en démontrant.
Pour que lavision de l’esclave soit plus marquante, pour qu’elle s’inscrive ensuite dans un plaidoyer efficace, il installe le nègre dans une posture de victime : « étendu par terre ». Sa soumission fonde son immobilité : « j’attends mon maître » (Voltaire veut nous montrer que le noir à terre n’a que le droit d’attendre, de végéter, alors que Candide et ses compagnons ont la liberté de voyager, par exemple icien Guyane hollandaise). Il s’agit peut-être aussi d’un signe de sa fatigue physique. Le dénuement de l’esclave se signale par des manques (la moitié de son habit, une jambe, une main). Les mutilations, comme l’explique la victime ont deux origines : l’accident et la répression. Pour éviter la gangrène, le maître ampute la main accidentée, en guise de châtiment pour s’être enfui, c’est la jambequi est coupée. Le lecteur est mis devant une image physique des conséquences du système esclavagiste particulièrement violente. Cette posture de victime amplifiera, pendant une grande partie du discours du nègre, sa passivité. Ses paroles sont en effet marquées par un respect du blanc instinctif (il répond un « oui monsieur » à Candide plein de politesse) mais surtout par une grande fatalité. Onnote l’anonymat d’un système féroce qui agit (le « on » indéfini dans « on nous donne, on nous coupe » ne fait que constater la brutalité en la répétant car le verbe couper est utilisé 2 fois). On note aussi le commentaire désabusé de l’esclave : « c’est l’usage ». La notion d’usage renvoie au code noir qui gradue les fautes et les sanctions. Institué par Colbert en 1685, ce code avait pour fonctiond’humaniser la barbarie des maîtres, Voltaire en fait un instrument de ce constat impitoyable. Le lecteur remarque que le « nous » collectif est utilisé à la place du « je » dans le témoignage de l’esclave (« quand nous voulons nous enfuir » par exemple) pour élargir sa situation à celle de tous les esclaves. Le philosophe veut rendre compte d’un système universel à combattre. La phrase du nègre« je me suis trouvé dans les deux cas » est aussi symbolique de la résignation de cet homme : elle ne contient aucune intention de se plaindre !
Le constat s’appuie aussi sur des comparaisons. La plus frappante est celle qui met sur le même plan les animaux et les esclaves : le nègre constate que « les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moinss malheureux que nous ». La questiondu bonheur est nouvelle au XVIIIe siècle, elle entre dans les mentalités sous la forme d’un besoin ontologique, et Voltaire veut faire s’entrechoquer l’image attendrissante des animaux de compagnie, confortablement traités, et celle des esclaves exploités et brutalisés ! La seconde comparaison s’inscrit dans un raisonnement sur les valeurs de la religion chrétienne. L’esclave constate que, si noussommes frères ou cousins (blancs et noirs), il existe une curieuse manière de traiter sa parenté. L’expression « vous m’avouerez » prend à témoin Candide et ses amis et mélange la constatation objective et le désir de faire partager.
C’est donc que le texte bascule dans un deuxième temps vers une démonstration. Voltaire quitte l’objectivité pour entrer dans le sentiment propre de l’esclave. Letexte bascule dans la subjectivité argumentative par une phrase de transition qui ne comporte pourtant aucune trace d’énonciation personnelle mais qui dénonce le système par le biais du thème économique : « C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe », ce qui signifie que chaque européen est complice. C’est une phrase de philosophe qui ressemble à un argument que Montesquieu pouvait...
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