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E Z A B O T O , VlLLE CRUELLE

UNE DIALECTIQUE DU

MEME

ET DE L'AUTRE Myriam Mallart

Filologa, Universitat de Barcelona

Eza Boto est le pseudonyme sous lequel Mongo Beti écrit Ville cruelle' en 1954, lorsque le Cameroun est sur le point d'obtenir son indépendance. Le titre d u roman, pose de facon explicite le lieu autour duque1 se centre la narration: une ville coloniale imaginairenommée Tanga, oh s'entremelent et s'opposent deux cultures: la culture autochtone, indigene de ce pays de 1'Afrique noire et la culture européenne des colons. La ville s'avere donc etre le meilleur prétexte pour faire découvrir au lecteur la cohabitation, dans un meme espace, de deux cultures différentes. Un livre, donc, qui nous insere dans la dialectique d u Meme et de I'Autre, autrement dit du"blanc" et du "noir", aussi bien au niveau de l'énonciation que de l'énoncé. L'énonciation dévoile une rupture d u schéma traditionnel occidental. Nous ne sommes pas face 2 un écrivain "blanc" écrivant pour un public "blanc", en effet, ici les choses changent puisque le pele de la production est assumé par un camerounais. De m%me,dans I'énoncé, 1'Autre n'est pas ici I'homme "noir" colonisé, maisau contraire le colonisateur "blanc". C'est en effet un regard "noir" qui nous offre cette histoire, le "blanc" est relégué au plan de I'Autre. Nous chercherons donc 2 voir comment I'écrivain Eza Boto cede la parole 2 un locuteur 1, qui s'installe dans le domaine de l'indigene, et quelles sont les marques énonciatives qui laissent découvrir l'empreinte de ce locuteur en tant qu'homme du monde"noir". La description de Tanga au chapitre 1 , laisse transparaitre clairement 1 le point de vue du narrateur et son appartenance au monde de l'indigene, nous nous attarderons donc sur une étude précise de ce chapitre afin d'essayer de révéler comment se définit peu 2 peu ce locuteur 1 par rapport aux deux cultures qui nous sont présentées, et au passage, nous verrons comment se définissent, l'une parrapport 2 I'autre ces deux cultures. Nous ne laisserons pas totalement de c6té le monde de I'Autre, d u
1. Eza Boto, Ville welle, Edirions africaines, Lyon, 1954

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Myriam Mallart

"blanc" puisque nous chercherons i voir comment il se définit sous le regard du locuteur 1, donc sous le regard du Meme. Toutefois, au monde de la ville s'oppose un autre monde qui introduit une vision pluscomplexe encore de cette dialectique qui nous intéresse. En effet, le monde du Meme se déchire, se brouille, dans un autre espace: le village tradirionnel indigene, domaine relatif i I'homme "noir", oh le monde de la vieillesse s'oppose i celui de la jeunesse. Nous étudierons donc, surtout au chapitre IX, comment ce Meme "noir" se compose alors d'un Autre, mais un autre différent de I'Autre"blanc". C'est par rapport au regard du personnage principal que prend forme cette opposition entre tradition et modernité, nous verrons donc comment elle se construit et comment le monde du Meme apparait aux yeux du locuteur comme un monde déchiré. Ville cruelle offre une probématique de l'énonciation intéressante i analyser. En effet, I'énonciation de ce roman présente une structure différente decelle 2 laquelle un lecteur occidental est habitué. Toutefois, afin de souligner clairement cetre différence, il faudrait auparavant essayer de définit I'énonciateur de ce roman, tout comme le ou les énonciataire(s). Nous nous intéresserons donc aux p6les de la production et de la réception de Ville cruelle. Le p6le de la production est tenu par un écrivain appartenant i un autre monde que notrecivilisation occidentale. 11 s'agit d'un écrivain d'Afrique noire, un camerounais, plus connu sous le nom de Mongo Beti. Nous pouvons déji affirmer que ceci crée une rupture pour nous, lecteurs "blancs": nous pouvons parler de décalage culturel entre le p6le de la production et celui de la réception, lorsque ce dernier est tenu par un lecteur "blanc". C'est la voix de I'Autre que nous découvrons,...
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