Farabif

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Le texte suivant est tiré de Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée (Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation), vol. XXIII, n° 1-2, 1993, p. 387-377. ©UNESCO : Bureau international d’éducation, 2000 Ce document peut être reproduit librement, à condition d’en mentionner la source.

AL-FARABI
(259-339 H/872 – 339 Hh/950)
‘Ammar al-Talbi
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De tout temps, les penseursse sont posés la question de savoir ce qu’il faut que l’être humain apprenne pour être de son époque, vivre intelligemment dans sa société et être un citoyen utile tout à la fois à lui-même et à sa communauté, d’où l’importance de l’éducation. Dans celle-ci, ce sont les objectifs qui priment ; les moyens de les atteindre ne viennent qu’ensuite. Or c’est à la philosophie qu’il incombe dedéterminer ces objectifs, et là, elle peut se trouver en position conflictuelle avec la religion ; à cet égard, la civilisation islamique a connu bien des controverses entre docteurs de la Loi (fuqaha’) et philosophes qui avaient, les uns et les autres, leur opinion en matière de gnoséologie. La présente étude a pour objet de mettre en évidence la dimension éducative dans le système philosophique d’Abu Nasral-Farabi, aspect fort peu connu, les chercheurs s’étant surtout intéressés à la logique, à la métaphysique et à la politique en négligeant sa conception de l’éducation. Ils savent pourtant qu’al-Farabi a étudié la République de Platon et que cette œuvre, qui l’a sans nul doute influencé, porte essentiellement sur l’éducation, comme en 2 conviennent d’ailleurs les historiens de la philosophie .Al-Farabi pouvait d’autant moins ignorer cette dimension de la philosophie platonicienne qu’il a rédigé un résumé des Lois de Platon, ouvrage qui présente, on le sait, ses ultimes pensées sur l’éducation. Qui est donc al-Farabi et quelle est sa conception de l’éducation ? Al-Farabi naquit à Wasij, dans le district de Farab, au Turkestan, en 872 (259 de l’Hégire) dans une famille de nobles. Sonpère, d’origine persane, avait exercé un commandement militaire à la cour turque. A Bagdad, al-Farabi étudie la grammaire, la logique, la philosophie, la musique, les mathématiques et les sciences ; il y suit l’enseignement de Abu Bishr Matta b.Yunus (mort en 942/329 H), célèbre traducteur et commentateur des philosophes grecs ; à Harran, il fut disciple du nestorien Yuhanna b. Haylan (mort en 941/328H). Il appartient donc à l’école philosophique d’Alexandrie qui s’était installée successivement à Harran, Antioche et Merv avant de se fixer à Bagdad. Au cours de ses années d’études, alFarabi accumule une connaissance telle de la philosophie qu’elle lui vaudra le surnom de « Second Maître », par référence au « Premier Maître », Aristote. En 943 (330 H), il s’installe à Alep où il devient membredu cercle littéraire de la cour de Sayf al-Dawla Hamdani (mort en 968/356 H). Al-Farabi aime à s’isoler dans la nature pour méditer et écrire et c’est sans doute parce qu’il désespère de réformer sa société qu’il verse dans le soufisme. Ses voyages l’amènent en Égypte et c’est à Damas qu’il s’éteint en 950 3 (339 H) à l’âge de quatre-vingts ans La grande passion d’al-Farabi est de comprendrel’univers, l’être humain et la place que celui-ci y occupe, en vue de parvenir à une représentation globale du monde et de la société. Il étudiera avec soin la philosophie de l’Antiquité, en particulier celle de Platon et d’Aristote, s’imprégnant d’éléments platoniciens et néoplatoniciens, qu’il intègre à la civilisation arabo-islamique dont la principale source est, on le sait, le Coran et les diversessciences qui en dérivent.
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Al-Farabi marque un tournant dans l’histoire de la pensée philosophique islamique : il est le véritable fondateur de la gnoséologie, qui repose sur la raison universelle et les démonstrations qu’elle administre. Le climat intellectuel, politique et social de son temps explique sans doute sa démarche car cette époque agitée voit en effet le califat islamique...
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