Faut-il bien penser pour vivre?

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  • Publié le : 30 mars 2011
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FAUT-IL BIEN PENSER POUR BIEN VIVRE ?

Introduction
La philosophie naît d'un besoin fondamental de compréhension, de pensée. Ce besoin submerge l'homme quand celui-ci se perd dans l'absence de sens ou d'unité qui doit structurer le monde de la nature et de l'esprit. Hegel émettra cette idée que c'est quand les choses apparaissent scindées, quand la réalité ne va plus de soi, qu'il y a unenécessité de philosopher, de ressaisir le sens qui opère à travers toutes les structures de l'esprit. La pensée, manifestation de l'esprit (d'une compréhension de la nature et de la culture), doit ainsi livrer le sens de la vie. Mais elle doit ainsi se prononcer sur ce qui se passe, puisque l'action nécessite tout autant réflexion, en tant que ce sont les hommes qui font l'histoire, qui jugent dubien-fondé de tel ou tel acte. Dès lors responsabilité, engagement, attitude critique doivent jalonner toutes les sphères où se joue la réflexion. Mais n'y aurait-il pas, plus fondamentalement, à travers la philosophie, une volonté toute personnelle de suivre un chemin vers une forme de sagesse ?    
 
I. De la sensation d'exister à la place de l'homme dans le monde
 
     a. Comme l'indiquaitAlexandre Koyré, la philosophie, quand elle sent s'effondrer sous elle toute compréhension du Cosmos (du monde organisé), quand elle montre autant de balbutiements dans ses tentatives de répondre à la question « Que suis-je ? », elle se rabat alors d'abord sur le « qui suis-je ? », elle interroge l'homme lui-même. Ce passage du « Que suis-je ? » (en tant qu'objet) au « qui suis-je ? » (comme sujet)est l'expression d'un moment critique dans la réflexion de l'homme (Entretiens sur Descartes, 1, 1937). Toute la conscience est ainsi mise en branle pour aider l'homme à se trouver soi-même, à se faire une place, là, dans un monde où rien n'est déterminé d'avance. Cependant, alors même que je n'ai pas de réponse à ce qu'est la vie, alors même que je n'ai pas de définition exacte de ce qu'est lapensée, j'ai conscience de vivre et de penser, d'être, comme l'affirme Descartes dans ses Méditations Métaphysiques, « une chose qui pense ». Ainsi en est-il du rationaliste René Descartes, qui est passé par l'épreuve du doute, de l'inquiétude de la possibilité de n'être que chimère (ou le jouet de la volonté d'une force supérieure), qui a refait le chemin de la certitude d'être soi, et ce dans lebut de ne pouvoir être attaqué sur cette certitude inébranlable marquant l'enracinement effectif de son existence dans ce bas monde : « Je pense donc je suis » (2nde Méditation).
     b. L'histoire de la pensée naît donc du besoin, d'une inquiétude, d'un étonnement, ainsi que d'une exigence morale. Le simple constat que la réalité est investie par des contradictions infinies amène le philosophe àdéterminer une norme de vérité. Car en effet les opinions, qui sont aussi multiples que la diversité des phénomènes, ne peuvent offrir de critère de vérité. C'est le stoïcien Epictète qui cherche ainsi une norme, norme qui permettra de mesurer l'authenticité des opinions (Entretiens, II). La philosophie serait ainsi cette norme capable de juger les connaissances, et ainsi d'asseoir un savoirtoujours plus véridique. Elle serait la marque en tout homme de sa capacité à agir conformément à la sagesse : « Toute sa force est dans un ferme jugement, contre la mort, contre la maladie, contre un rêve, contre une déception. Cette notion de la philosophie est familière à tous et elle suffit » (Alain, Eléments de philosophies). « Bien penser » relève ainsi, pour Epictète, d'un vieil adage queChrysippe lui-même avait annoncé : « agir conformément à la nature ». Dès lors, si l'individu comprend sa position dans l'échelle des êtres, dans le Cosmos (réalité harmonique), alors il ne peut que vivre en vertu d'une loi de la Providence. L'homme ne saurait changer l'ordre de la nature divine, car saisir le sens de son existence, c'est occuper en toute humilité la place qu'on nous a conférée.
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