Faut-il mieux se perdre dans le désir qu’avoir perdu tout désir

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  • Publié le : 11 mars 2010
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« Faut-il mieux se perdre dans le désir qu’avoir perdu tout désir ? »

Introduction :
« J’avais risqué ma vie et j’avais gagné. De nouveau, j’étais un homme. », s’écrie le héros du Joueur de Dostoïevski. Mais comment considérer le joueur ? Est-ce un homme volontaire, déterminé, prêt à tout sacrifier pour arriver à ses fins, ou le jouet de son désir ? Le joueur ne perd-il pas plus qu’il negagne à se livrer aveuglément au jeu, à commencer par lui-même ?
Notre rapport au désir semble tout à la fois complexe et ambigu, puisqu’en son sein se joue notre rapport au bonheur. Si nous désirons tous, en effet, être heureux, le bonheur n’a pas pour nous de signification univoque. Le désir est-il le moteur nous menant sûrement au bonheur ? Devons-nous pour ce faire satisfaire nos désirs, leurlâcher la bride et nous laisser galvaniser par leur puissance déchaînée ? En satisfaisant aveuglément nos désirs, nous nous égarons, nous nous aliénons et récoltons souffrances et insatisfactions. Le bonheur ne saurait être à ce prix.
Aussi, plutôt que de subir nos désirs, ne faut-il pas mieux chercher à s’en défaire puisque ceux-ci sont synonymes de troubles et ruinent la quiétude de l’âme ? Maiscomment éradiquer nos désirs ? Comment faire taire en nous ce manque, ce mouvement qui nous porte vers une chose ou un être que nous imaginons ou savons être source de satisfaction ? Il semble impossible d’en finir avec le désir, puisque le seul fait de désirer ne plus désirer est encore un désir ! Et quand bien même, si nous pouvions perdre tout désir, ne plus rien désirer pour ne plus êtreaffecté, le bonheur ne deviendrait-il pas ennui ?
Nous nous trouvons alors face à un choix impossible où aucune des deux alternatives n’est tenable : le bonheur n’est ni dans l’abandon aux désirs, ni dans leur éradication totale. Il nous faudra donc déterminer tout d’abord, si notre condition humaine se résume à cette aporie tragique : l’aliénation dans la soumission aux désirs, ou l’ennui.Toutefois, cette difficulté n’est-elle pas le fruit d’une méconnaissance et d’une confusion des désirs ? Il semble, en effet, que tous nos désirs ne soient sur le même plan : certains concernent davantage le corps et sont source de plaisir sensuel, alors que d’autres s’adressent à notre esprit et suscitent des plaisirs intellectuels. C’est la raison pour laquelle, nous nous demanderons, dans un secondtemps, si une maîtrise rationnelle et raisonnable de nos désirs nous garantirait le bonheur. Quel désir faut-il dès lors satisfaire pour atteindre la quiétude, le bonheur ? Cependant, il convient de remarquer que si le désir non assouvi représente une souffrance, un manque et une frustration liés à l’insatisfaction, l’accomplissement du désir est aussi une tragédie, puisque le désir assouvi laisse saplace à un nouveau désir qui engendre la même insatisfaction. Dès lors, le désir apparaît toujours en quête de ce qu’il n’a pas, parce que l’insatisfaction renaît inlassablement après la satisfaction. Le désir est naturellement inquiet de ce dont il manque, il est impossible quiétude. Il serait alors opportun pour finir d’interroger la légitimité de notre conception du bonheur : pourquoi lebonheur serait-il absence de troubles ? Pourquoi le bonheur passerait-il par la distinction et la maîtrise de nos désirs ?

I) L’impossible choix

A) Satisfaire tous ses désirs, c’est se perdre, s’aliéner et perdre sa lucidité
Pour le sens commun, être heureux, c’est satisfaire tous ses désirs. En effet, nous nous rêvons milliardaires, capables de répondre à nos moindres caprices. Cependant,est-ce là véritablement le bonheur ? Ne risquons-nous pas de nous lasser ? Ou bien tout au contraire, ne sommes-nous pas acculés à une surenchère permanente ? Effectivement, du fait du caractère insatiable du désir, espérer être heureux en les satisfaisant tous est une erreur, et ce pour deux raisons.
D’une part, le désir est insatiable et entrer dans sa spirale, c’est être emporté de déceptions...
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