Faut-il vivre dangereusement

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  • Publié le : 29 mars 2010
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Gai Savoir « Il faut vivre dangereusement »
{text:script} {text:script} {text:script} {text:script} {text:script} II faut, disait Nietzsche, vivre dangereusement. Ce n'est point là une éthique pour hommes pusillanimes et vains mais bien une morale de surhomme, de héros et de génie. L'imprévu a toujours fasciné les hommes forts, tout comme l'attrait d'une vie stable et rangée a pu paraître unidéal absolu à tous ceux que tente une petite vie étriquée, de fonctionnaires et de « ronds-de-cuir ». Aussi peut-il paraître utile d'opposer les deux formes de l'existence : celle qui consiste à se jeter dans l'aventure, et celle qui nous force à résister, à tirer en arrière, à nous appesantir sur le poids mort d'un passé éternisé. L'être se trouve ainsi écartelé entre l'exigence du futurcontingent et celle de l'éternel. S'immortaliser dans une durée toute vide ou s'élancer vers un futur aventureux, voilà donc l'alternative de l'homme d'action. « Nous vivons en avant, disait {draw:frame} Kierkegaard, mais nous comprenons en arrière ! » Dans ce dilemme vital, il nous faudra choisir sans recours en grâce : du présent ou du passé, l'un doit triompher nécessairement sur l'autre.

PREMIEREPARTIE : Le refus du péril

1. L'attitude même du sens commun consiste dans une crainte panique du lendemain non assuré. Toujours la nécessité d'assurer son existence, celle de préserver ses vieux jours se manifesteront par l'acceptation du réel le plus médiocre, et par un refus énergique, radical, de toute modification susceptible d'entraîner la perte de cette médiocrité, car mieux vaut, surce point, tenir cette médiocrité que courir le risque d'avoir mieux : la recherche active d'un mieux apparaît à la conscience populaire comme une conséquence absurde de l'inconséquence humaine.
2. La "commonsense philosophy" des Anglais pourrait nous servir de point d'appui pour étayer cette théorie de la crainte devant l'incertitude de l'imprévu et du danger. Ou plutôt, non : il ne s'agit pastant d'un danger réel ; car, quand on est sûr du danger, le courage vient naturellement. Il s'agit plutôt de la peur des coups, de cette couardise qui saisit l'homme du passé devant les affres de l'avenir N'être pas sûr de l'instant futur, c'est là ce qui provoque cette sensation d'angoisse, cette conscience d'un manque où nos jambes se dérobent sous un sol chancelant.
D'autres seraient à citer,parmi les empiristes d'outre-Manche : non pas seulement Berkeley et Hume, mais aussi J. S. Mill ou H. Spencer. Plus encore, ces conceptions morales d'un bonheur fabriqué de toutes pièces, en calculant d'avance ce que sera, à un plaisir près, la somme des satisfactions futures. On attend d'emblée ce que sera cette « arithmétique des plaisirs » : et Jérémie Bentham se frotte les mains dans lacertitude que son lendemain sera parfaitement identique à aujourd'hui.
3. Cette conscience d'une causalité rigoureuse, de l'identité remarquable entre la cause et la conséquence, voilà bien ce qui fait le fondement le plus solide de la peur, de l'imprévu. Si Comte affirmait qu'il faut savoir pour prévoir, afin de pourvoir, cet héritier de Bacon manifestait surtout la confiance dans un déterminismeuniversel où rien ne serait laissé à la chance.
Jamais un coup de dés n'abolit le hasard, dit un vers fameux de Mallarmé : mais ce caractère fondamental du fait fortuit contient l'essence même de la moralité. Il faut tout risquer dans l'embarquement perpétuel où l'homme s'engage sans cesse.

DEUXIEME PARTIE : L'appel de l'aventure
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1. Si l'on peut expliquer la crainte dupéril par une extrême sénilité, sans que, d'ailleurs, cette décrépitude ne soit l'apanage des personnes les plus âgées (on peut être un vieillard à vingt ans) en revanche, « l'appel du héros » que Bergson exaltait dans Les Deux Sources de la Morale et de la Religion est inhérent à la jeunesse de l'esprit. Cette juvénilité nous incite à nous jeter sans cesse dans de nouvelles aventures où tout...
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