Feckel

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  • Publié le : 12 novembre 2009
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« Le travail, c’est comme les choux de Bruxelles : rien qu’à l’odeur, je sais que je n’aimerai pas », disais-je, bien avant de travailler. Sans doute parce que j’ai vu ma mère bosser parfois jusqu’à 60h/semaine pour, au final, se faire harceler moralement pendant plus de 10 ans.

Peut-être aussi parce que mon père me faisait continuellement la leçon sur les patrons qui vous emmerdent et vousexploitent.

Plus il me poussait à dessiner comme une dingue, moins je travaillais. Pourtant, l’un comme l’autre ne jurent que par le travail qui rend libre, comme chacun sait… Seuls les patrons les dérangent. Souvent, les adultes et mes proches me demandaient ce que je voulais faire comme métier. Je ne savais jamais quoi leur répondre, alors au bout de quelques années, j’ai répondu « dessinatrice». Dans la société, ça valait mieux que « rien ». Alors en attendant de savoir, j’ai fait des études d’arts, chose qui me plaisait, rêvassant pour le reste du temps.

Ma licence en art ne m’ayant pas permis de trouver un travail, j’ai commencé à travailler à 25 ans.

J’ai préféré éviter de passer le CAPEC pour être prof. J’aurais bien été étudiante à vie, mais ma mère ne le voyait pas de cetœil-là. Je me faisais d’ailleurs régulièrement traiter de feignasse par elle et mon frère. Mais en quoi ne rien faire est une tare ?

J’ai pris mon indépendance, en faisant femme de ménage chez un directeur d’école qui me « louait » sa chambre de bonne : un trou à rat de 6m² maxi. J’avais le pressentiment que mon 1er patron me ferait du harcèlement sexuel. Ça n’a pas loupé. Mais pour éviter unesituation familiale désastreuse, j’ai préféré le supporter…6 ans, en me défendant de mon mieux. Le temps pour moi de trouver un boulot qui me permettrait de changer d’appart. Mais trouver un logement même minable, relève d’un parcours du combattant. J’ai fait un mois chez Minelli, à m’abaisser aux pieds des gros bourges du 6e, auprès d’une gérante Lepéniste. Mon profil « aryen » et mon mutismem’ont sans doute évité des ennuis. Mais je me suis promis de ne plus jamais bosser comme vendeuse de chaussures. Trop humiliant !

J’ai continué comme caissière à Monoprix pendant plus de 6 mois. Mon indolence naturelle m’excluait d’office (à ma grande joie) des emplois de la restauration et je n’aurais pas été acceptée non plus dans les hypermarchés.
J’ai accumulé les CDD chez Monoprix, sans oserleur dire que c’était illégal.

Si ce boulot m’a paru moins dégradant, j’ai quand même eu l’impression d’être transformée en robot ; pour lutter contre ça, je délirais quotidiennement à ma caisse. La gérante du Monoprix me faisait signer des feuilles pour fautes professionnelles : chèque non signé et billets de 500F manquants. Et pourtant, je ne m’en rendais jamais compte. Je lui ai aboyé dessusun jour où elle me reprochait de ne pas avoir nettoyé ma caisse, alors que je l’avais fait depuis peu. Comme elle n’a pas insisté, j’ai pu m’apercevoir que se défendre n’amène pas autant d’ennuis qu’on ne l’imagine.

Mon calvaire de caissière a pris fin, le jour où le Monoprix a fermé. J’y serais peut-être encore, sinon.

Le travail de caissière m’a quand même permis de faire une formationpour évoluer. J’ai beau ne pas aimer le boulot, je préfère quand même faire quelque chose se rapprochant de mes études. Hélas, les patrons sont aussi très exigeants, et très rares sont ceux qui vous donnent une chance quand vous n’avez pas d’expérience.

Après des mois d’infructueuses recherches, je me suis résignée à prendre un boulot d’aide secrétaire, dans cette « prestigieuse » société qu’estla SNCF. A cette époque pas si lointaine, j’ai été embauchée en contrat précaire (CES) par un responsable RH. Comme c’est le cas dans nombre d’entreprises, il arrive que votre chef vous prenne sous son aile protectrice, vous faisant croire qu’on est une grande famille. Il vous invite au restau avec des collègues, vous tutoie et vous tape dans le dos en vous appelant « ma poule ». La franche...
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