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  • Publié le : 11 juin 2010
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ROXANE, entrouvrant sa fenêtre.
Qui donc m'appelle ?

CHRISTIAN
Moi.

ROXANE
Qui, moi ?

CHRISTIAN
Christian.

ROXANE, avec dédain.
C'est vous ?

CHRISTIAN
Je voudrais vous parler.

CYRANO, sous le balcon, à Christian.
Bien. Bien. Presque à voix basse.

ROXANE
Non ! Vous parlez trop mal. Allez-vous-en !

CHRISTIAN
De grâce !...

ROXANE
Non ! Vous ne m'aimez plus !CHRISTIAN, à qui Cyrano souffle ses mots.
M'accuser, - justes dieux ! -
De n'aimez plus... quand... j'aime plus !

ROXANE, qui allait refermer sa fenêtre, s'arrêtant.
Tiens, mais c'est mieux !

CHRISTIAN, même jeu.
L'amour grandit bercé dans mon âme inquiète...
Que ce... cruel marmot prit pour... barcelonnette !

ROXANE, s'avançant sur le balcon.
C'est mieux ! - Mais, puisqu'il estcruel, vous fûtes sot
De ne pas, cet amour, l'étouffer au berceau !

CHRISTIAN, même jeu.
Aussi l'ai-je tenté, mais... tentative nulle :
Ce... nouveau-né, Madame, est un petit... Hercule.

ROXANE
C'est mieux !

CHRISTIAN, même jeu.
De sorte qu'il... strangula comme rien...
Les deux serpents... Orgueil et... Doute.

ROXANE, s'accoudant au balcon.
Ah ! c'est très bien.
- Mais pourquoiparlez-vous de façon peu hâtive ?
Auriez-vous donc la goutte à l'imaginative ?

CYRANO, tirant Christian sous le balcon, et se glissant à sa place.
Chut ! Cela devient trop difficile ! ...

ROXANE
Aujourd'hui...
Vos mots sont hésitants. Pourquoi ?

CYRANO, parlant à mi-voix, comme Christian.
C'est qu'il fait nuit,
Dans cette ombre, à tâtons, ils cherchent votre oreille.

ROXANE
Lesmiens n'éprouvent pas difficulté pareille.

CYRANO
Ils trouvent tout de suite ? oh ! cela va de soi,
Puisque c'est dans mon coeur, eux, que je les reçois ;
Or, moi, j'ai le coeur grand, vous, l'oreille petite.
D'ailleurs vos mots à vous, descendent : ils vont plus vite.
Les miens montent, Madame : il leur faut plus de temps !

ROXANE
Mais ils montent bien mieux depuis quelques instants.CYRANO
De cette gymnastique, ils ont pris l'habitude !

ROXANE
Je vous parle, en effet, d'une vraie altitude !

CYRANO
Certes, et vous me tueriez si de cette hauteur
Vous me laissiez tomber un mot dur sur le coeur !

ROXANE, avec un mouvement.
Je descends !

CYRANO, vivement.
Non !

ROXANE, lui montrant le banc qui est sous le balcon.
Grimpez sur le banc, alors, vite !

CYRANO,reculant avec effroi dans la nuit.
Non !

ROXANE
Comment... non ?

CYRANO, que l'émotion gagne de plus en plus.
Laissez un peu que l'on profite...
De cette occasion qui s'offre... de pouvoir
Se parler doucement, sans se voir.

ROXANE
Sans se voir ?

CYRANO
Mais oui, c'est adorable. On se devine à peine.
Vous voyez la noirceur d'un long manteau qui traîne,
J'aperçois la blancheurd'une robe d'été :
Moi je ne suis qu'une ombre, et vous qu'une clarté !
Vous ignorez pour moi ce que sont ces minutes !
Si quelquefois je fus éloquent...

ROXANE
Vous le fûtes !

CYRANO
Mon langage jamais jusqu'ici n'est sorti
De mon vrai coeur...

ROXANE
Pourquoi ?

CYRANO
Parce que... jusqu'ici
Je parlais à travers...

ROXANE
Quoi ?

CYRANO
...le vertige où trembleQuiconque est sous vos yeux !... Mais, ce soir, il me semble...
Que je vais vous parler pour la première fois !

ROXANE
C'est vrai que vous avez une toute autre voix.

CYRANO, se rapprochant avec fièvre.
Oui, tout autre, car dans la nuit qui me protège
J'ose être enfin moi-même, et j'ose...
Il s'arrête et, avec égarement.
Où en étais-je ?
Je ne sais... tout ceci, - pardonnez mon émoi, -C'est si délicieux... c'est si nouveau pour moi !

ROXANE
Si nouveau ?

CYRANO, bouleversé, et essayant toujours de rattraper ses mots.
Si nouveau... mais oui... d'être sincère :
La peur d'être raillé, toujours au coeur me serre...

ROXANE
Raillé de quoi ?

CYRANO
Mais de... d'un élan !... Oui, mon coeur,
Toujours, de mon esprit s'habille, par pudeur :
Je pars pour décrocher l'étoile,...
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