Fiche de lecture article denis kessler

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  • Publié le : 22 avril 2010
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« Une crise sévère qui appelle des politiques nouvelles »
entretien avec Denis Kessler
Président-directeur général, Scor

Dans cet entretien, Denis Kessler insiste sur le caractère sévère de la crise financière de 2008 : il met en avant ses conséquences sur le système financier et estime que la politique macro économique actuelle ne peut y répondre.

La crise que nous vivons aujourd'huiest bien plus sévère que ne le pensent certains : le choc sur le système financier est estimé à 1 000 milliards de dollars par le FMI, une ampleur bien plus considérable que lors de la crise du début des années 1980, de la crise japonaise ou de celle de 1997 en Asie. La moitié des pertes est enregistré par les banques, l'autre moitié par les assurances, fonds de pension, hedge funds etc.
Nousassistons de plus à une accumulation de signes précurseurs d'un retournement de l'économie : les perspectives des entreprises ainsi que la confiance des consommateurs et le marché immobilier se dégradent ; si l'activité économique résiste pour le moment c'est seulement par un phénomène d'hystérésis. Il n'y aura donc pas de découplage entre la sphère réelle et la sphère financière, pas plus qu'entre lesÉtats-Unis, l'Europe et l'Asie.

La crise est principalement bancaire ; les créances douteuses dont la valeur s'est effondrée ont été réintégrées dans les bilans bancaires ; ceux-ci se sont fortement dégradés et les banques ont dû recourir à une recapitalisation massive, notamment auprès des fonds souverains. La politique monétaire expansionniste menée par la FED, la BCE et la BoE leur aégalement permis de se refinancer à faible coût et d'éviter ainsi l'apparition d'une crise systémique.
Le secteur de l'assurance et de la réassurance a été moins touché étant donné qu'il était moins exposé aux créances douteuses. Cependant, ses institutions ont subi un choc bien plus important que celui auquel on aurait pu s'attendre, étant donné que les risques financiers sont moins forts et lanécessité de liquidité moins urgente que pour les banques. Les assurances ont en effet subi la baisse des cours boursiers et pour certaines les conséquences des défauts sur les subprimes ou des hedge funds dans lesquelles elles avaient investis. Les sociétés d'assurance de dommages ont plus été touchées que les sociétés d'assurance vie (fonds de pension) en raison de la viscosité de leur bilan c'est àdire de la contrainte de liquidité.

Les principales causes de la crise sont au nombre de trois :
la globalisation : cette crise est la première crise financière mondiale à la fois dans ses causes, sa nature et ses conséquences. Nous avons assisté à une accélération récente de l'inflation (en particulier des matières premières comme le pétrole ou les produits agricoles), à l'apparition degigantesques déséquilibres courants ainsi qu'à un désajustement des parités entre toutes les monnaies.
les tensions géopolitiques et le coût de la guerre en Irak qui ont encouragé la détérioration de la balance des paiements américaine. Il est tout à fait pertinent de faire un parallèle avec la situation lors de la guerre du Vietnam (engagement en 1965), qui a provoqué un déficit courant et a mené à lasuspension de la convertibilité-or du dollar en 1971. La crise des subprimes a éclaté en 2007 soit six ans après l'intervention américaine en Afghanistan.
La politique monétaire menée par les États-Unis a encouragé des taux très bas ce qui a incité les investisseurs à prendre des risques pour avoir des rendements élevés, d'autant plus facilement que le risque était sous tarifé. De plus, cettepolitique a conduit à l'explosion de l'endettement des ménages et entreprises américaines et européennes (+50% en dix ans). Enfin, elle a contribué au transfert et à l'externalisation du risque qui n'ont pu être contrés par des normes prudentielles en capital déconnectées de la réalité.

Les circonstances actuelles de la crise, plus sévère et profonde que les précédentes, nous montrent que la...
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